Architecture: des idées pour remodeler les installations de la brasserie Molson à Montréal

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  • Le 14 février 2019

  • Martin LaSalle
Des finissants à la maîtrise de l'École d'architecture de l'Université de Montréal ont créé des projets innovateurs en vue de la transformation des bâtiments situés sur le terrain de la brasserie Molson.

Des finissants à la maîtrise de l'École d'architecture de l'Université de Montréal ont créé des projets innovateurs en vue de la transformation des bâtiments situés sur le terrain de la brasserie Molson.

Crédit : Andrea Bramos.

En 5 secondes

Des finissants de l’École d’architecture de l’Université de Montréal proposent différentes idées susceptibles d’intéresser les acquéreurs du terrain de la brasserie Molson… ainsi que les Montréalais!

En juillet 2017, la brasserie Molson annonçait qu’elle allait déménager son usine sur la rive sud de Montréal. Du coup, elle affirmait son intention de discuter de la transformation des bâtiments de la rue Notre-Dame Est avec la Ville de Montréal et d’autres parties prenantes.

Pour les professeurs Georges Adamczyk, Anne Cormier et Frédéric Dubé, de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, ce fut l’occasion de proposer à leurs étudiants de la maîtrise en architecture d’inclure l’endroit au territoire couvert par leur projet de mémoire. Délimité par les rues Papineau, Notre-Dame Est et de la Commune Est, de même que par l’emprise du port de Montréal aux abords du fleuve Saint-Laurent, le terrain s’étend sur 12 hectares (1,3 million de pieds carrés) et constituait un laboratoire de réflexion et de création exceptionnel pour les finissants!

Des idées… et des préoccupations

Les professeurs Frédéric Dubé, Georges Adamczyk et Anne Cormier avec leurs étudiants.

Crédit : Image fournie par Paloma Castonguay-Rufino.

En décembre dernier, après deux trimestres de travail dans des séminaires et ateliers, six étudiants du groupe ont mis la dernière main à leurs projets, dont les idées pourraient inspirer le futur propriétaire du lieu.

«Les finissants avaient carte blanche et ils ont présenté des projets créatifs et novateurs, qui ont en commun le souci de préserver le legs patrimonial du site, de le démocratiser et d’y instaurer une mixité des usages qui satisferait les intérêts tant privés que publics et communautaires», indique Anne Cormier, qui a aussi dirigé l’École d’architecture de l’UdeM de 2007 à 2015.

Parce qu’ils n’ont eu accès ni au terrain ni aux bâtiments, les étudiants ont fait reposer leur travail sur des hypothèses. Mais celles-ci pourraient fort bien alimenter la réflexion relative à des projets bien réels.

«Pour nous, il était important de conserver les éléments iconiques du Faubourg à m’lasse: l’enseigne Molson, par exemple, fait partie du patrimoine de ce quartier», explique le finissant Anthony Harvey.

Sa collègue Paloma Castonguay-Rufino renchérit: «Nous souhaitions que les interventions à venir tiennent compte de la population du quartier, et cela se reflète dans nos projets. Il importe que le futur aménagement propose des logements accessibles – et pas juste des condos luxueux –, des zones ouvertes au public ainsi qu’un accès au fleuve qui devrait aller de soi.»

Un mémoire en préparation

Une nouvelle cohorte d’étudiants de deuxième cycle de l’École d’architecture s’affairent à préparer un mémoire qui sera présenté aux audiences que tiendra l’Office de consultation publique de Montréal en avril prochain. «Il est trop tôt pour en dévoiler la teneur, mais il est probable qu’il fera écho aux préoccupations formulées par leurs collègues finissants», mentionne la professeure Cormier.

Ces préoccupations sont d’ailleurs – du moins en partie – partagées par la Ville de Montréal, qui a soutenu l’automne dernier que la mise en valeur du site patrimonial «fera obligatoirement partie de tout projet qui y sera réalisé», pouvait-on lire dans Le Devoir. Un énoncé patrimonial doit d’ailleurs être adopté par la Ville, lequel sera enchâssé dans le programme particulier d’urbanisme qui balisera le développement du site Molson.

Molson Coors est engagée dans ces discussions. En août dernier, elle a signalé que les bureaux de l'entreprise demeureront à Montréal une fois la mise en service de la nouvelle brasserie à Longueuil en 2021, «dans le but de maintenir un lien avec le site où nous avons débuté nos opérations en 1786», disait le communiqué diffusé par la compagnie à ce moment-là.

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Les six projets qui suivent ont été conçus au cours d’ateliers par les finissants en architecture de l’Université de Montréal.

Il faut savoir qu’ici l’ensemble du terrain et des bâtiments de Molson a été subdivisé en six lots potentiels qui ont ensuite été distribués parmi les étudiants de manière que les projets forment un tout cohérent à l’échelle du secteur. Les projets présentés le sont d’est en ouest.

Des silos transformés en chambres d’hôtel

  • Anthony Harvey convertit notamment certains des silos existants en un hôtel-boutique et en un restaurant-café ouvert au public.

    Crédit : Anthony Harvey.
  • De l’extérieur, les silos semblent presque identiques à ce qu’ils étaient autrefois, à l’exception de la nouvelle fenestration qui perfore minutieusement leur enveloppe.

    Crédit : Anthony Harvey.
  • Le finissant a imaginé un parcours multifonctionnel traversant la superficie, sur laquelle on trouve des commerces, des bureaux, des espaces de cotravail, des lofts, un hôtel-boutique, des passerelles et une halte touristique.

    Crédit : Anthony Harvey

La section étudiée par Anthony Harvey englobe une partie du terrain de l’usine et de son bâti existant, soit la portion historique à proximité du pont Jacques-Cartier.

Celle-ci abrite les plus anciens bâtiments et des silos de tôle ondulée; le finissant a imaginé un parcours multifonctionnel et public traversant la superficie, allant de la rue Notre-Dame Est jusqu’au fleuve. Ce programme comprend sept volets : des commerces (dont une microbrasserie), des bureaux, des espaces de cotravail, des lofts, un hôtel-boutique, des passerelles et une halte touristique.

Anthony Harvey redéfinit le vaste entrepôt par un nouvel usage résidentiel et institutionnel, axé sur une production artistique, en le transformant en espaces de travail partagé destinés à de petites entreprises locales et aux artistes montréalais.

Puis il intègre une zone hôtelière et une autre piétonnière constituée de passerelles en retrait de la rue, plus près du fleuve Saint-Laurent. Il convertit certains des silos en un hôtel-boutique et en un restaurant-café ouvert au public. De l’extérieur, les silos semblent presque identiques à ce qu’ils étaient autrefois, à l’exception de la nouvelle fenestration qui perfore minutieusement leur enveloppe. Des chambres, des suites, une salle de réception et le resto-bar occupent l’espace créé par les huit silos combinés avec les deux bâtiments adjacents.

Préserver les icônes et la tradition brassicole

  • Hakim Lairini-Desjardins propose de préserver le bâtiment principal au-dessus duquel trône l’enseigne Molson et l’horloge, pour en faire une école de formation de brasseurs.

    Crédit : Hakim Lairini-Desjardins.
  • Le centre de formation prendrait la forme d'un campus vertical regroupant des activités d’enseignement, des commerces axés sur l’industrie brassicole et des habitations pour les étudiants et les jeunes familles des environs.

    Crédit : Hakim Lairini-Desjardins.

Hakim Lairini-Desjardins s’est principalement penché sur le bâtiment principal au-dessus duquel trône l’enseigne Molson et l’horloge – un immense rectangle dont la structure interne est vide!

Selon le finissant, l’enseigne Molson s’impose dans le paysage urbain comme une figure emblématique du quartier Centre-Sud. Il propose donc de préserver cette enseigne phare en intégrant sous celle-ci une école de formation de brasseurs.

Ainsi Hakim Lairini-Desjardins mise sur l’industrie brassicole, qui s’est grandement diversifiée ces dernières années et qui requiert de la main-d’œuvre qualifiée.

Constituant le cœur du projet, le centre de formation devient la pierre angulaire du lieu appelé à devenir un campus regroupant des activités d’enseignement, des commerces axés sur l’industrie brassicole et des habitations pour les étudiants et les jeunes familles des environs.

Tandis que le massif bâtiment de brique rouge situé sous l’enseigne iconique ne présente que très peu d’ouvertures sur l’extérieur et obstrue les façades des bâtiments voisins, le projet propose de conserver uniquement la partie de son ossature nécessaire au soutien de l’enseigne: la structure préservée sous celle-ci sert ainsi à soutenir le nouveau programme de formation tout en offrant un parcours vertical ouvert au public qui mène à un observatoire pour un panorama sans pareil sur le site et sur la ville.

L’Édifice artisan

  • Le projet de l’Édifice artisan de Paloma Castonguay-Rufino découle d'une réflexion sur le recyclage des bâtiments industriels pour leur permettre d’accueillir à la fois des logements et des usages qui perpétuent le caractère productif des lieux.

    Crédit : Paloma Castonguay-Rufino.
  • La finissante propose de créer un endroit qui réunirait des gens de métiers manuels – ébénistes, menuisiers, bijoutiers, cordonniers, maçons, boulangers, pour n’en citer que quelques-uns – pour instaurer ainsi une «densité programmatique» qui s’agencerait aux installations environnantes.

    Crédit : Paloma Castonguay-Rufino.

Paloma Castonguay-Rufino s’est attelée à la redéfinition des trois bâtiments mitoyens de l’usine Molson situés à l’intersection des parties plus ancienne et plus récente de l’usine.

D’entrée de jeu, elle a mené une réflexion critique sur la place du travail artisanal dans la ville nord-américaine: constatant que les ateliers pour artisans sont une denrée rare en milieu urbain, elle propose de créer un endroit qui réunirait des gens de métiers manuels – ébénistes, menuisiers, bijoutiers, cordonniers, maçons, boulangers, pour n’en citer que quelques-uns – pour instaurer ainsi une «densité programmatique» qui s’agencerait aux installations environnantes.

«Le projet de l’Édifice artisan est l’aboutissement d’une réflexion sur le recyclage des bâtiments industriels en ville pour leur permettre d’accueillir à la fois des logements et des usages qui perpétuent le caractère productif des lieux», affirme la finissante, qui souhaite surtout éviter qu’on reproduise un nouveau Griffintown, créé par les promoteurs du DIX30, «qui ont fait abstraction de l’histoire, du tissu urbain et de la vie des gens qui l’ont habité».

Le Monument 20: nouvelle destination de villégiature urbaine

  • Le Monument 20, d'Andrea Bramos, est un complexe hôtelier de 20 étages.

    Crédit : Andrea Bramos.
  • L’hôtel comporterait un observatoire vitré aux étages supérieurs offrant une vitrine sur la ville.

    Crédit : Andrea Bramos.
  • Ce lieu permettrait au public de contempler le fleuve, le pont Jacques-Cartier et mont Royal d’un emplacement inédit.

    Crédit : Andrea Bramos.

Parce que l’environnement le long des berges qui font face à l’actuel site de la brasserie Molson est peu invitant – voire hostile! –, Andrea Bramos a eu l’idée de créer un nouveau monument international tout en conservant et valorisant la prédominance visuelle des repères montréalais existants.

Pour pallier «l’omniprésence de bâtiments monotones […] et le manque d’activité humaine dans ce coin de ville oublié», il propose d’ériger un complexe hôtelier de 20 étages appelé à devenir un nouveau symbole de la silhouette (skyline) montréalaise.

Andrea Bramos cherche à mettre en valeur la tour de Radio-Canada et l’horloge de Molson avec une nouvelle figure qui tiendrait compte des préoccupations collectives du Centre-Sud tout en constituant un attrait universel.

Ainsi, l’hôtel comporterait un observatoire vitré aux étages supérieurs offrant une vitrine sur la ville. «Ce lieu permet au public de contempler le pont Jacques-Cartier et le mont Royal d’un emplacement inédit, illustre-t-il. On crée ainsi un endroit mémorable propice à la tenue de multiples activités.»

Un marché public à valeur patrimoniale

  • Le marché public conçu par Rémy Léonard aurait une durée de vie prévisible dès sa conception pour assurer sa pérennité.

    Crédit : Rémy Léonard.
  • Une production saisonnière sur place fournira les étals du marché et réduira ainsi le transport des denrées. Le marché abritera aussi une école de cuisine.

    Crédit : Rémy Léonard.

Rémy Léonard a tenté de créer un bâtiment dont la durée de vie serait prévisible dès sa conception de façon à assurer sa pérennité.

Pour ce faire, il érige un marché public Notre-Dame en s’inspirant des critères édictés par la Convention pour la sauvegarde du patrimoine architectural de l’Europe, grâce auxquels une construction est considérée comme patrimoniale.

Ce projet de marché public s’implante à l’ouest du site actuel de la brasserie Molson, entre l’axe de la rue Panet à l’est et l’ancien entrepôt frigorifique à l’ouest. L’entrée principale commerciale se fait par le prolongement de la rue Panet.

Il suppose la réhabilitation de l’ancien tunnel Beaudry (Brock), condamné depuis les années 60, qui permettrait de relier le quartier Saint-Jacques et les berges; il permettrait d’accéder au marché Notre-Dame, qui comporterait une place publique extérieure pour des commerces saisonniers.

«Le marché a été pensé de façon à être autosuffisant, dit Rémy Léonard. Une production saisonnière sur place fournira ses étals et réduira ainsi le transport des denrées.»

Le marché abritera en outre une école de cuisine!

Un nouveau centre Molson

  • Le terrain du nouveau complexe sportif est étagé, permettant ainsi de créer un toit multiniveau qui sera accessible au public.

    Crédit : Kevin Pelletier.
  • Le projet de Kevin Pelletier consiste en la création d’installations sportives publiques dans le secteur, qui en est dépourvu.

    Crédit : Kevin Pelletier.

À l’extrême ouest du site de la brasserie Molson, Kevin Pelletier propose de «moderniser l’archétype du centre sportif et de redéfinir son rôle dans la ville et dans la société».

Son projet consiste en la création d’installations sportives publiques dans le secteur, qui en est dépourvu. Ce type d’aménagement est appelé à se multiplier avec la construction récente de plusieurs immeubles en copropriété dans le faubourg Québec et le réaménagement de la maison de Radio-Canada et de la brasserie.

À l’intérieur du centre sportif, on trouve une patinoire de dimension nord-américaine dotée de gradins pouvant accueillir environ 1000 spectateurs, un gymnase triple accompagné d’une grande salle de conditionnement physique et d’une piste de course de 150 mètres tout juste au-dessus ainsi qu’un terrain de basketball pouvant aussi servir d’amphithéâtre avec ses 550 sièges.

Kevin Pelletier y intègre une piscine comportant trois bassins, tandis qu’à l’extérieur il y a un terrain de minisoccer et des terrains de volleyball de plage.

Le terrain où serait construit ce nouveau complexe sportif est étagé. Profitant de cette topographie, le finissant s’assure que le dessous du bâtiment est vitré pour laisser entrer la lumière naturelle. Il en profite pour créer un toit multiniveau qui sera accessible au public et qui permettra de tenir des activités, tout en offrant des points de vue uniques sur le fleuve Saint-Laurent, l’île Sainte-Hélène, le Vieux-Montréal, le centre-ville et le mont Royal.