L’aluminium allume les designers et les architectes!

  • Forum
  • Le 19 février 2019

  • Dominique Nancy
Léger, recyclable, résistant à la corrosion et solide comme le roc, l’aluminium est un matériau précieux. Le potentiel de ce métal, dont la production est dominée par le Québec, est mis en vedette dans une exposition qui a lieu jusqu’au 2 mars au Centre d’exposition de l’UdeM.

Léger, recyclable, résistant à la corrosion et solide comme le roc, l’aluminium est un matériau précieux. Le potentiel de ce métal, dont la production est dominée par le Québec, est mis en vedette dans une exposition qui a lieu jusqu’au 2 mars au Centre d’exposition de l’UdeM.

Crédit : Charles Bélisle

En 5 secondes

Les étudiants en architecture, design d’intérieur et design industriel présentent jusqu’au 2 mars leurs travaux au Centre d’exposition sur le thème «L’aluminium, regards nouveaux sur la matière».

Léger, recyclable, résistant à la corrosion et solide comme le roc, l’aluminium est un matériau précieux. Le potentiel de ce métal, dont la production est dominée par le Québec, est mis en vedette dans une exposition qui a lieu jusqu’au 2 mars au Centre d’exposition de l’Université de Montréal. L’aluminium, regards nouveaux sur la matière illustre les nombreuses possibilités de ce métal pour l’architecture de bâtiments et le design de divers produits.

Trois projets qui ont valu à leurs auteurs une bourse d’excellence donnent le ton à l’ensemble de l’exposition, où une soixantaine d’œuvres d’étudiants des disciplines de l’architecture et du design sont réunies.

Le dispositif spatial Humanium est conçu pour permettre au visiteur de «vivre» une expérience absolue grâce aux «interactions visibles et invisibles» imaginées par les étudiantes en design d’intérieur Catherine Aubertin et Samira Thameur. Elles racontent ainsi l’origine de leur projet: «Le cycle de vie de la matière commence dans la terre avant d'en être extraite, tandis que le cycle de la vie humaine commence dans l'air et se termine dans la terre, mentionne Catherine Aubertin. Nous nous sommes figuré que ces cycles se croisent et que, dans le futur, l'humain puisse donner un peu de ses caractéristiques à l'aluminium et qu'à son tour l'aluminium améliore l'humain en lui conférant des attributs qui lui sont propres.» «Concrètement, des lamelles d'aluminium poli situées à différents angles d’ouverture, fixées à un plancher et à un plafond circulaires en rotation inverse se rencontrent pour exprimer la symbiose homme-aluminium à différents niveaux, renchérit Samira Thameur. Les plancher et plafond tournent si lentement qu'on ne les sent presque pas bouger. Par contre, ce mouvement crée des rencontres imprévisibles et magnifiques. Une trame narrative écrite sur les lames métalliques explique cette réflexion au fur et à mesure que le visiteur découvre l'exposition.» Ce projet a été dirigé par Marie Tremblay-Laliberté, designer d’intérieur et chargée de cours.

Le système mural modulaire pour boutiques d’Olivier Laberge, finissant en design industriel, est composé de tuiles d’aluminium disponibles en plusieurs déclinaisons afin d’obtenir différents motifs. Des ouvertures permettent d’y accrocher des tablettes et d’autres accessoires grâce à un panneau perforé indépendant. «Aucune quincaillerie n’est nécessaire, puisque les tuiles sont fixées au mur grâce à de simples keyholes situés à l’arrière, indique l’étudiant. Les tablettes et les autres accessoires de rangement s’insèrent dans les ouvertures au moyen d’un double crochet qui se fixe aux ancrages des tuiles.» Selon les envies et les contraintes d’espace, le système peut donc s’adapter, être utilitaire et décoratif ou même créer une ambiance. Le designer industriel et chargé de cours Cédric Sportes a supervisé le projet.

Enfin, Marion Renaud et Jonathan Proulx, de l’École d’architecture, ont reçu la Bourse d’excellence Metra Aluminium pour leur projet de gratte-ciel, qu’ont dirigé les architectes et professeurs invités Katsuhiro Yamasaki et Ange Sauvage.

Ce projet illustre comment la matérialité peut renforcer le projet d’architecture et même être à sa source. Le recours à l’aluminium, sous plusieurs formes, a permis de soutenir la réflexion sur la redéfinition de la typologie de la tour de bureaux en 2019, selon les membres du jury. «Nous avons attentivement étudié le cahier des charges et redéfini l’utilisation des lieux en fonction des besoins des employés», signale Jonathan Proulx. «Notre projet s'attaque de front à la redéfinition du noyau et à la répétition des planchers, deux éléments constitutifs d’une tour», précise Marion Renaud. Bref, leur projet propose des solutions créatives d’un point de vue du concept sociospatial, par l’audace de sa structure et par l’emploi de la matière même.

Un matériau d’actualité pour façonner le monde de demain

«Nous voulions sensibiliser les étudiants aux avenues formelles, techniques et expressives de l’aluminium qui doivent aussi se conjuguer aux influences des valeurs morales et esthétiques de notre société en transformation», a expliqué au vernissage Jean Therrien, professeur à l’École de design, commissaire de l’exposition et coorganisateur du symposium «Aluminium & Design» à la Faculté de l’aménagement.

«L’idée du symposium, qui regroupe des ateliers prospectifs, des conférences internationales, des formations spécialisées ainsi que l’exposition, est avant tout de servir de tribune d’éducation, de sensibilisation et de création sur l’aluminium dans un but de découvertes, d’expérimentations et de transfert du savoir en vue d’applications dans plusieurs domaines de prédilection de l’architecture et du design», résume M. Therrien.

Son équipe a travaillé près d’un an à la réalisation de cette exposition, qui représente l’étape ultime du symposium. «Il s’agit de l’aboutissement de quatre parcours de conception rassemblés autour d’un thème commun, mais appliqués à des contextes de différentes natures, dit le professeur. Au final, l’intention est de s’interroger sur les usages de l’aluminium pour en imaginer de nouveaux.»

Défi relevé! Allant de bâtiments à des installations de loisirs urbains en passant par des objets de secours à utiliser lors de crises humanitaires, les idées originales des futurs architectes et designers démontrent qu’il est possible de concevoir dans une perspective écologique des designs innovants avec l’aluminium.

Les visiteurs étaient d’ailleurs nombreux à faire le tour des ingénieux projets des étudiants sortants réalisés dans le cadre d’ateliers prospectifs dirigés par Cédric Sportes (design industriel) et Marie Tremblay-Laliberté (design d’intérieur) ainsi que Manon Asselin, Katsuhiro Yamasaki et Ange Sauvage (architecture).

À l’heure où la mobilisation générale prend pour cible les déchets déversés dans la nature, l’emploi de l’aluminium prend tout son sens. En effet, ce métal bénéficie d’un atout environnemental considérable, puisqu’il est recyclé et recyclable à l’infini. De plus, il est léger et ne souffre pas de dégradation à long terme. «L’aluminium possède de nombreuses vertus qui en font un matériau de choix pour le futur», fait valoir Jean Therrien. À commencer par son utilisation pour la construction de bâtiments durables. Un bel exemple en est d’ailleurs le Planétarium Rio Tinto Alcan, inauguré en 2013. Parmi les autres réalisations innovantes composées d’aluminium, il y a des succès mémorables comme le pont d’Arvida au Saguenay. Ce pont est le premier au monde à avoir été construit entièrement en aluminium, en 1949 et 1950. Ou encore l’Oxygen Chair en «mousse» d’aluminium expansé du renommé designer Michael Young, dont l’œuvre figure depuis 2016 au Musée d’art moderne de San Francisco. Et pour les victimes de la mode en quête d’une tenue éblouissante, il y a la robe métallique imaginée par le designer Paco Rabanne, qui en a fait rêver plusieurs.

Pour Jean Therrien, le symposium revêt un caractère particulier, car il réunit trois des disciplines de la Faculté de l’aménagement et l’École de design a agi comme maître d’œuvre de cette fructueuse et créative collaboration. Il tient d’ailleurs à souligner la coopération de ses collègues responsables des ateliers prospectifs et de la professeure Tatjana Leblanc, directrice de l’École de design.

Le symposium a bénéficié du soutien financier d’AluQuébec ‒ grappe industrielle de l’aluminium ‒, du ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec, de Metra Aluminium et de Rio Tinto.

  • Crédit : Charles Bélisle
  • Crédit : Charles Bélisle
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