«Così fan tutte» ou l’inconstance des sentiments

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  • Le 21 février 2019

  • Hélène Roulot-Ganzmann
Claude Poissant, Dominic Veilleux, Agnès Ménard et Jean-François Rivest.

Claude Poissant, Dominic Veilleux, Agnès Ménard et Jean-François Rivest.

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

L’OUM présente, du 28 février au 3 mars, un célèbre opéra de Mozart, «Così fan tutte». Une occasion de goûter le talent des chanteurs de l’Atelier d’opéra de l’UdeM.

«Mozart, on dira ce qu’on voudra, c’est le roi de l’opéra! lance d’emblée le chef et directeur artistique de l’Orchestre de l’Université de Montréal (OUM), Jean-François Rivest. Il parvient mieux que quiconque à fusionner le théâtre et la musique.»

Et c’est particulièrement le cas avec son Così fan tutte, ajoute-t-il, créé un an seulement avant la mort du compositeur. Si l’œuvre connaît à l’époque un succès modéré, l’intrigue étant jugée amorale, frivole et invraisemblable, elle est aujourd’hui célébrée pour la symbiose entre le texte et la musique. Così fan tutte est le dernier opéra de la trilogie écrite avec le librettiste Lorenzo Da Ponte, après Les noces de Figaro et Don Giovanni. 

Aussi prévu qu’imprévisible

Farce extravagante et philosophique sur l’amour, tragicomédie romantique et désespérée, Così fan tutte navigue sans cesse entre le sérieux et le genre bouffe. Profondément convaincu de l’infidélité des femmes, le cynique don Alfonso provoque ses jeunes amis Ferrando et Guglielmo en mettant en doute la constance de leurs fiancées, les sœurs Dorabella et Fiordiligi. Pour prouver ce qu’il avance, Alfonso leur propose le plan suivant: annoncer à leurs belles leur départ à la guerre, puis revenir sous les traits de soldats albanais, prêts à tout pour séduire les fiancées esseulées. Les deux sœurs les repoussent d’abord vertueusement, mais se laissent bientôt séduire par ces nouveaux soupirants qui, cachés derrière une fausse identité, déchantent peu à peu en voyant leurs bien-aimées les trahir ainsi.

«On a longtemps prétendu qu’il s’agissait d’une pièce sur l’infidélité des femmes, pour rire des femmes, commente Jean-François Rivest. Mais je crois qu’on évoque plutôt ici l’inconstance des sentiments, la nature humaine profonde et les valeurs de la vie. Les équivoques sont immenses. Nous avons affaire à une critique sociale très actuelle. Si nous lisons le livret au premier degré, nous avons tout faux.»

Une lecture que partage Claude Poissant, directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier, qui signe la mise en scène de l’opéra. Une première pour ce metteur en scène de renom. Il avoue d’ailleurs très humblement ne pas savoir lire la musique et ne pas être un grand connaisseur d’opéra. Il a abordé l’œuvre par l’entremise du livret de Da Ponte.

«Je suis sensible à cette musique qui, étrangement, me paraît précise et classique tout en finissant par produire un effet de liberté, confie-t-il. Tout cela a l’air aussi prévu qu’imprévisible! Mais ce qui m’intéresse là-dedans, ce sont les personnages, leurs propos, leurs sentiments et comment tout cela s’accorde avec les artistes dans l’espace scénique pour arriver à une espèce d’osmose. J’ai vraiment beaucoup de plaisir à travailler avec les étudiants-chanteurs. Ils ont beau être jeunes, ils possèdent tous un certain bagage. C’est une très belle aventure.»

Expérience enrichissante

Une aventure de plusieurs mois pour les étudiants, dont Agnès Ménard, qui interprète Fiordiligi. La jeune soprano, actuellement au doctorat à la Faculté de musique de l’UdeM, estime vivre une expérience très enrichissante. Car elle considère que son personnage passe à l’âge adulte durant cet opéra.

«Au début, c’est une adolescente qui aime aimer et cet amour se porte sur Guglielmo, raconte-t-elle. Elle ne se pose pas les véritables questions: pourquoi lui et pas un autre? Peut-être même qu’il lui a été imposé… une sorte d’amour de raison. À la fin, en revanche, Ferrando, c’est le choix du cœur. Il y a une beauté dans ce duo. La musique est tellement belle, sincère. Il n’est pas question d’infidélité, mais bien de sentiments profonds.»

Dominic Veilleux, qui incarne le cynique et manipulateur don Alphonso, croit quant à lui qu’il y aura pour chacun des artistes un avant et un après.

«C’est une pièce exigeante, affirme-t-il. Nos six personnages sont presque tout le temps sur scène. Il n’y a pas un moment de répit. Ce sont de très gros rôles, nous avons beaucoup de pression. Ça rend le tout très excitant. Et puis, nous sommes une vraie gang de jeunes musiciens et chanteurs. Nous nous soutenons beaucoup.»

De l’avis de tous, cet opéra, le seul de la trilogie de Mozart-Da Ponte qui n’ait pas encore été joué par les étudiants de l’UdeM, est une leçon de vie.

«Il y a une dimension non explicite, non évidente, non résolue dans cet opéra, conclut Jean-François Rivest. Après les dernières notes, le doute n’est toujours pas levé. Qui est avec qui? On ne sait pas vraiment comment tout cela se termine. En réalité, l’histoire ne finit ni mal ni bien: la vie continue tout simplement.»

En savoir plus

Così fan tutte, de Wolfgang Amadeus Mozart, les 28 février, 1er et 2 mars à 19 h 30 et le 3 mars à 15 h à la salle Claude-Champagne, 220, avenue Vincent-D’Indy, à Montréal.