L’UdeM numérise un débat historique entre Bourassa et Bourgault

  • Forum
  • Le 27 février 2019

  • Mathieu-Robert Sauvé
Robert Bourassa (à gauche) défend le Non à quelques semaines du référendum de 1980; Pierre Bourgault (à droite) lui donne la réplique dans un local de l'UdeM. Le débat est animé par René J. A. Lévesque (au centre).

Robert Bourassa (à gauche) défend le Non à quelques semaines du référendum de 1980; Pierre Bourgault (à droite) lui donne la réplique dans un local de l'UdeM. Le débat est animé par René J. A. Lévesque (au centre).

En 5 secondes

Les Bibliothèques de l’UdeM rendent public un débat tenu en 1980 entre Pierre Bourgault et Robert Bourassa.

«Je veux vous souhaiter la bienvenue à un débat historique», lance devant une foule réunie en soirée à l’Université de Montréal le vice-recteur René J. A. Lévesque le 27 mars 1980. Filmé par le Centre audiovisuel, le débat de 2 h 5 min oppose deux hommes politiques qui ont marqué leur époque: Robert Bourassa (1933-1996) et Pierre Bourgault (1934-2003). Récemment numérisé, le document est accessible en ligne sur le site de Calypso, le répertoire des collections d’images audios et vidéos des Bibliothèques de l’UdeM.

«Pourquoi l’indépendance? Pourquoi la souveraineté-association?» demande l’ex-président du Rassemblement pour l’indépendance nationale, qu’il a dissous au profit du Parti québécois en 1968. Pierre Bourgault explique que la minorité d’expression française du Canada a rendez-vous avec l’histoire et qu’elle doit saisir cette chance. Pour Robert Bourassa, qui est entre deux conquêtes du pouvoir à la tête du Parti libéral du Québec, les motifs économiques doivent présider aux décisions de la population. «Quelle est la solution optimum pour le Québec? Pour y répondre, il faut examiner les grands paramètres: les contextes culturel, économique, financier, social…»

Les deux hommes se distinguent dans le contenu et dans le style. Alors que Pierre Bourgault parle en variant ses élans, sans notes et en fumant quelques cigarettes, l’économiste lit un texte jalonné de statistiques et de données objectives. «Les deux hommes sont à ce moment-là libérés de toute affiliation politique; ils s’expriment en toute liberté. De plus, ils se connaissent depuis leur jeunesse. On sent d’ailleurs une complicité entre les deux, même s’ils défendent des options opposées», commente le bibliothécaire Mathieu Thomas, qui a orchestré la numérisation du document découvert par son collègue Nino Gabrielli dans les archives de l’UdeM.

Un document historique

Avec l’accord de la directrice du Département de science politique, Christine Rothmayr, qui y a vu une occasion de souligner le 60e anniversaire de l’unité, M. Thomas a demandé aux services informatiques de convertir le document VHS en fichier numérique. Pour M. Thomas, qui possède une formation en science politique (baccalauréat et maîtrise) et travaille à la Bibliothèque des lettres et sciences humaines (BLSH), ce document est d’une grande valeur. «Le premier référendum du Québec est un moment historique et ce débat illustre bien les arguments évoqués par les comités du Oui et du Non», indique-t-il. Sans qu'il soit totalement inédit (une copie VHS se trouvait à la BLSH), sa numérisation lui a donné une nouvelle visibilité. Depuis que le journaliste du Devoir Jean-François Nadeau a fait mention du document le 15 février, un grand nombre de visionnements ont été enregistrés.

Dans sa présentation du document, le politologue Michel Sarra-Bournet signe ici l’une de ses dernières contributions publiques, puisqu’il est décédé le 1er février. La difficulté de marier souveraineté politique et association économique est, selon lui, «au cœur des premiers échanges entre les deux adversaires. Pour Bourassa, l’administration d’un espace économique commun entraîne nécessairement des institutions démocratiques communes. Pour sa part, Bourgault considère le modèle européen de l’époque comme un exemple de souveraineté-association. Mais Bourassa dit que ce modèle évolue nécessairement vers le fédéralisme».

M. Sarra-Bournet relate que Pierre Bourgault n’avait peur de personne… sauf peut-être de son vieil ami économiste. «J’ai fait des débats avec tout le monde, avec Pierre Elliott Trudeau, avec Gérard Pelletier, avec Jean-Luc Pépin, enfin avec tout le monde […]. Je peux écraser ces gens-là assez facilement – sauf Robert Bourassa.» 

C’est le Département de science politique et la Faculté de l’éducation permanente qui avaient organisé le débat intitulé «Le choc politique des options». Comme celui qui devait l'animer, le recteur Paul Lacoste, avait été appelé d’urgence à Québec, il s’était fait remplacer par le physicien et vice-recteur René J. A. Lévesque. Ce qui a donné lieu à quelques allusions de part et d’autre sur son homonyme, chef du camp du Oui.