Le soutien social aide les enseignants en classe d’accueil

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  • Le 14 mars 2019

  • Mathieu-Robert Sauvé
Crédit : Getty

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Dans son doctorat, Caterina Mamprin a étudié comment le soutien social pouvait venir en aide aux enseignants des classes d’accueil.

Les enseignants doivent composer avec de nombreux défis au quotidien, ce qui peut entraîner un mal-être : anxiété, détresse psychologique, symptômes d’épuisement professionnel. Comment favoriser le maintien de leur bien-être au travail? C’est la question que s’est posée une étudiante au doctorat à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, Caterina Mamprin. Elle a invité des enseignants de classes d’accueil d’une école secondaire de la région montréalaise à participer à des échanges dans le cadre d’un groupe de parole. Cette activité visant le développement du bien-être avait plus précisément pour but de mieux comprendre l’influence du soutien social en milieu professionnel.

«Les enseignants ont pris part à une rencontre de deux heures par mois pendant huit mois pour échanger. Les rencontres étaient animées par une psychologue. Les résultats sont très encourageants», dit la doctorante en psychopédagogie.

Même si les analyses ne sont pas terminées, les entrevues individuelles avec les huit enseignants réalisées après les rencontres laissent entendre que les participants ont beaucoup apprécié le soutien social qu’ils ont reçu de leurs pairs. «Certains ont considéré ces moments comme un cadeau. Le fait de se sentir épaulés par leurs collègues était vécu très positivement.»

Ces enseignants ont pu discuter d’une multitude de sujets relatifs à leur quotidien et se rendre compte qu’ils étaient confrontés à des défis semblables. «Les enseignants ont également parlé du plaisir qu’ils éprouvaient à enseigner ou encore de la fierté qu’ils ressentaient lorsque les élèves de leur classe connaissaient des réussites. Mis à part ces discussions, le groupe de parole a, selon les témoignages des participants, raffermi les liens entre enseignants et encouragé la collaboration. Une enseignante rapporte qu’elle n’hésitera plus à aller chercher de l’aide auprès de ses collègues.»

Le mal-être a des répercussions multiples

Selon les travaux répertoriés préalablement par la jeune femme, qui a acquis une formation en adaptation scolaire avant de passer au Département de psychopédagogie et d’andragogie de la Faculté des sciences de l’éducation, le mal-être en situation de travail peut avoir des «répercussions multiples» sur le développement professionnel des enseignants, les coûts associés aux départs prématurés de l’enseignement et sur la réussite socioscolaire des élèves. Ces éléments ont motivé Mme Mamprin à explorer les facteurs qui ont une influence sur le bien-être au travail, comme le soutien social.

«Il ne s’agissait pas de thérapie, mais bien d’échanges sur des sujets de leur choix, précise la chercheuse. La liberté d’expression était totale et la confidentialité des échanges était assurée. Les discussions pouvaient porter sur le travail ou sur la vie privée.»

Les défis de la classe d’accueil

Même si de telles rencontres pourraient s’avérer bénéfiques pour d’autres professionnels, les enseignants montréalais engagés dans l’accueil des immigrants doivent relever des défis propres à ce type d’enseignement et cela a conféré une dimension particulière aux données recueillies par Mme Mamprin.

Les enfants d’une classe d’accueil sont parfois très différents; certains ont vécu la guerre ou des situations traumatisantes; la plupart n’ont qu’une connaissance limitée de la langue française. L’enseignant doit faire preuve de beaucoup d’adaptation pour assurer la réussite scolaire de ces élèves, en considérant la diversité de la classe entre autres pour ce qui est de la maîtrise du français, des expériences scolaires antérieures ou encore de l’âge des jeunes.

Les enseignants des classes d’accueil sont assez peu représentés dans les études en psychopédagogie, a constaté Mme Mamprin. «En ciblant les enseignants des classes d’accueil, notre projet permet une meilleure compréhension du contexte d’exercice de ces travailleurs et de leurs préoccupations», explique-t-elle dans une présentation de sa recherche. De façon secondaire, son doctorat «pourrait mettre en lumière des besoins en formation» et éventuellement «appuyer la mise en place de certaines pratiques scolaires».

Caterina Mamprin souhaite déposer sa thèse à l’hiver 2020. Après quoi, elle espère poursuivre sa carrière en recherche.