Concours d’éloquence «Délie ta langue!»: la victoire à Dardia Joseph avec «Entre chien et loup»

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  • Le 22 mars 2019

  • Martine Letarte

En 5 secondes

Le Grand Prix Antidote de l’éloquence «Délie ta langue!» de l’UdeM a été remporté par Dardia Joseph, étudiante en droit.

C’est avec l’expression Entre chien et loup que Dardia Joseph, étudiante en droit, a séduit le jury du concours d’éloquence Délie ta langue!, présidé par l’ancien premier ministre du Québec Lucien Bouchard. À cette activité tenue le 20 mars au Lion d’Or, elle a reçu un prix de 5000 $ donné par l’entreprise Druide, une somme qu’elle compte bien partager avec sa sœur, qui l’a mise au défi de participer au concours à une heure de la fin du dépôt des candidatures!

C’est sa préférence pour l’expression Entre chien et loup, cet espace où les choses peuvent évoluer, qui a permis à Dardia Joseph de se démarquer aux côtés des neuf autres finalistes.

C’est en fait tout un «plaidoyer en faveur de l’incertitude et du doute» qu’elle a livré.

Si, dans le dictionnaire, Entre chien et loup renvoie à «l’intervalle où les bergers, méfiants, envoyaient les chiens en sentinelle», Dardia Joseph y voit un «parallèle avec les chambres d’écho, omniprésentes dans nos sociétés contemporaines», qui nous cloisonnent dans une bulle idéologique.

«À droite, mais aussi à gauche, du multiculturalisme à l’appropriation culturelle, nous devenons une armée dont les voix jaillissent pour ostraciser ceux qui ne partagent pas nos points de vue. Mais le monde n’est pas noir ou blanc, le monde est un camaïeu de gris, un équilibre instable entre des éclats d’incertitude et des déferlantes de remises en question.»

Elle a terminé son propos en souhaitant que «nous puissions connaître la douce et réconfortante accalmie des voix qui, cessant de se faire violence, peuvent s’étreindre dans un espace de partage sans ambages, dans un espace où régneraient l’inclusion et le respect».

Trois autres grandes performances

La lutte a été chaude et le deuxième prix – 3000 $ du ministère de la Culture et des Communications ‒ a été remis à Simon Frappier, étudiant en traduction, avec l’expression Mettre la main à la pâte. Il a fait de sa prestation une invitation à contribuer à la société, voire à changer le monde.

«À l’ère du préfait, du prédigéré, du préemballé, mettre la main à la pâte semble renvoyer à une réalité périmée. Or, autour de moi, je vois nombre de mes concitoyens qui renouent avec le goût du travail, qui s’engagent corps et âme dans certaines causes, qui se lèvent et qui se demandent, à l’instar de John F. Kennedy, non pas ce que la société peut faire pour moi, mais bien qu’est-ce que je peux faire pour ma société.»

Toujours sous le signe de l’engagement, Noémie Lefebvre, étudiante en enseignement du français langue seconde, a obtenu le troisième prix – 1000 $ offerts par TD Assurance ‒ avec l’expression Tous les chemins mènent à Rome. En osant même pousser la note pour reprendre à capella la chanson Plus rien, des Cowboys fringants, Noémie Lefebvre s’est inquiétée de l’état de notre planète.

«Un simple regard dans le rétroviseur suffit pour comprendre l’ampleur des dégâts, la surconsommation, le gaspillage dans les épiceries, la famine, une empreinte écologique démesurée, des animaux terrorisés par l’humain, des forêts anéanties, des océans de plastique, des gouvernements immobiles, mais surtout sept milliards de témoins, des témoins silencieux fermant les yeux sur des choses qu’ils ne peuvent voir ou qu’ils s’efforcent de ne pas voir. Mais aussi les témoins actifs, ceux qui lancent les manifs et qui lèvent haut le poing pour qu’on se reprenne finalement en main.»

Pleine d’espoir, elle constate que plusieurs solutions existent, du véganisme au flexitarisme en passant par le zéro déchet, et que tous les chemins mènent à Rome.

«Et si tout le monde embarquait avec moi, ce soir, maintenant, on en ferait, du chemin.»

Enfin, Maroie Lamkinsi a obtenu le prix du public – 500 $ offerts par l’Association francophone pour la savoir-Acfas – avec C’est bonnet blanc et blanc bonnet, une charge contre le gouvernement du Québec qui souhaite interdire le port de signes religieux pour les personnes en position d’autorité.

«Le problème est-il majeur et répandu au sein du peuple? Est-ce un mal qui se propage et qui doit éminemment être attaqué, ou ne mettrons-nous pas uniquement à l’écart les minorités? Dites-moi, qui sera réellement touché à part les sikhs et les femmes voilées?»

«Racisme ou laïcité? À mes yeux, c’est bonnet blanc et banc bonnet.»

Alors que Lucien Bouchard a mentionné «le niveau exceptionnel» des performances étudiantes, le succès de ce premier concours d’éloquence Délie ta langue! de l’UdeM a incité les organisateurs à déjà annoncer le retour de cette compétition l’an prochain.

« Entre chien et loup », par Dardia Joseph
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« Entre chien et loup », par Dardia Joseph