Des nutritionnistes vont combattre la malnutrition infantile en Haïti

  • Forum
  • Le 27 mars 2019

  • Dominique Nancy
Le groupe d’étudiantes au cours de leur stage: Joëlle Longpré, Ariane Lafortune, Rachel Mathieu, Andréa Dufour (qui a encadré les stagiaires), Joanie Gagnon, Audrey-Anne Garrity, Marie-Jeanne Rossier-Bisaillon et Andréanne Bégin.

Le groupe d’étudiantes au cours de leur stage: Joëlle Longpré, Ariane Lafortune, Rachel Mathieu, Andréa Dufour (qui a encadré les stagiaires), Joanie Gagnon, Audrey-Anne Garrity, Marie-Jeanne Rossier-Bisaillon et Andréanne Bégin.

Crédit : Audrey-Anne Carrity

En 5 secondes

Sept étudiantes du Département de nutrition font un stage de 75 jours en Haïti.

Par une journée d’été, dans la chaleur étouffante de Camp-Perrin, une commune située à 22 km au nord de la ville des Cayes, Ariane Lafortune a foulé le sol haïtien en compagnie de six autres étudiantes du Département de nutrition de l’Université de Montréal. Dès leur arrivée, les jeunes femmes venues faire un stage de 75 jours ont senti toute l’affabilité des gens.

«On a vite découvert un peuple chaleureux et accueillant. C’est presque déconcertant de voir autant de personnes souriantes. Là-bas, saluer chaque inconnu sur son chemin est une loi non écrite, mentionne Mme Lafortune. Ce peuple est travaillant, résilient, fier de sa culture et ne demande qu’à la partager, une recette traditionnelle, un proverbe créole ou un pas de danse kompa à la fois.» 

Ariane Lafortune, qui a terminé son baccalauréat l’automne dernier, a réalisé son stage l’été passé dans le cadre du Projet d’appui à la lutte contre la malnutrition infantile (PALMI). Ce stage en nutrition et santé publique représente une initiation à la recherche et à la gestion de projet ainsi qu’une initiation au volontariat de solidarité internationale encadrée par Québec sans frontières et la Fondation Paul Gérin-Lajoie. Les étudiantes étaient supervisées par une diplômée en nutrition internationale de l’UdeM, Andréa Dufour, qui connaissait bien la réalité du pays d’accueil, puisqu’elle y a fait sa maîtrise en 2018.

«Nous avons eu la chance d’évaluer les activités de ce projet de recherche d’appui prénatal, périnatal, postnatal et nutritionnel en cours dans les départements de la Grand’Anse et du Sud depuis avril 2016», indique Ariane Lafortune. Soulignons que ce projet, d’une durée de quatre ans, vise à réduire la mortalité maternelle et infantile dans plusieurs communes de ces départements d’Haïti. Il a été mis en place grâce à la Fondation Paul Gérin-Lajoie en collaboration avec les Catholic Relief Services, le groupe de recherche TRANSNUT du Département de nutrition de l’UdeM et l’Unité de santé internationale, qui est rattachée à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

En vue de leur stage, les étudiantes se sont préparées pendant plusieurs semaines. «Durant les sept mois précédant notre départ, nous avons assisté à six fins de semaine de formation organisées par Québec sans frontières et la Fondation Paul Gérin-Lajoie. L’objectif était de bien nous préparer à cette expérience interculturelle, notamment en nous informant sur l’interculturalisme, l’égalité des sexes dans les pays en développement, la culture et l’alimentation haïtiennes, ainsi que sur l’éthique du reporteur à l’étranger et le choc culturel. Ces moments de rencontre ont aussi été l’occasion de développer notre dynamique de groupe.»

Les étudiantes ont également eu à organiser diverses collectes de fonds afin de financer collectivement leur stage: un marché de Noël artisanal, une soirée de jeux de société, l’emballage en épiceries pour n'en nommer que quelques-unes. «Cela nous a permis de faire connaître notre projet dans notre entourage et d’accroître notre esprit d’équipe», estime Ariane Lafortune, qui a aussi suivi avec ses collègues le cours de créole haïtien offert par les Services aux étudiants de l’UdeM. Le fait de savoir quelques mots de créole a facilité leur intégration, mais les étudiantes ne pouvaient pas s’adresser couramment aux gens dans leur langue et cela a constitué tout un défi. «La barrière linguistique nous a forcées à user de créativité pour atteindre nos objectifs.»  

«Haïti nous a envoûtées!»

Ce qui peut sembler simple devient un casse-tête lorsqu’il s’agit par exemple d’organiser et de faire des démonstrations culinaires auprès de mères qui ne parlent pas un mot de français ou d’anglais. Cela peut parfois devenir complexe d’expliquer comment enrichir en vitamine A et en fer des recettes traditionnelles pour des enfants âgés de six à huit mois. «Ce sont deux nutriments fréquemment déficitaires chez les jeunes Haïtiens, signale Ariane Lafortune. Il faut utiliser des images de leur réalité et trouver des astuces à partir d’aliments locaux culturellement acceptés si l’on veut que les mères mettent en pratique ces stratégies.»

Au cours de leur stage, les étudiantes ont aussi assisté à des séances de dépistage de la malnutrition infantile au cours desquelles le poids et le périmètre brachial des enfants sont mesurés. «Le périmètre brachial est calculé à l’aide d’un ruban à mesurer placé autour du bras gauche, à mi-hauteur entre l’épaule et le coude», explique la future nutritionniste.

Les étudiantes ont aussi mis sur pied une formation de trois heures portant sur l’introduction des aliments de complément chez l’enfant et sur l’alimentation locale haïtienne. Cette formation, donnée à une cinquantaine de médecins, d’infirmières et d’agents de santé communautaire polyvalents locaux, a été filmée afin que les Catholic Relief Services puissent transmettre l’information à d’autres professionnels de la santé. Puis, toujours dans le but de favoriser la pérennité de leur travail, un outil éducatif a été traduit en créole haïtien. «Les prestataires de soins de santé formés s’en servent comme aide-mémoire durant leurs séances d’enseignement avec les mères», dit Ariane Lafortune.

La jeune femme est revenue de son stage avec le sentiment que son travail a eu un effet positif dans la communauté d’accueil. «Notre équipe a travaillé en étroite collaboration avec les agents de santé communautaire polyvalents locaux, des acteurs essentiels pour optimiser l’acceptation de nos interventions dans la commune ainsi que leur pérennité après notre départ», fait-elle valoir.

Le séjour haïtien a aussi été formateur sur les plans professionnel et humain. Les étudiantes ont appris à intervenir selon les principes de solidarité internationale, c’est-à-dire à proposer des solutions adaptées à la réalité de la population locale. «Haïti nous a envoûtées! Nous encourageons tous les étudiants à vivre une expérience à l’étranger au cours de leur parcours universitaire.»

  • Marché à aire ouverte de Camp-Perrin, lieu principal d'approvisionnement en aliments.

    Crédit : Audrey-Anne Carrity
  • Ingrédients pour cuisiner la traditionnelle soupe joumou haïtienne.

    Crédit : Audrey-Anne Carrity