Une nouvelle technique d’imagerie révèle des vulnérabilités inédites du VIH

Des chercheurs ont visualisé à quoi ressemblait la «boîte ouverte» du virus du VIH, révélant une forme de virus auparavant inconnue et une image très détaillée des vulnérabilités du virus.

Des chercheurs ont visualisé à quoi ressemblait la «boîte ouverte» du virus du VIH, révélant une forme de virus auparavant inconnue et une image très détaillée des vulnérabilités du virus.

Crédit : Getty

En 5 secondes

Une percée, faite par des chercheurs de l’Université de Montréal et de deux autres universités, ouvre de nouvelles voies dans la lutte contre le virus mortel.

Imaginez que le VIH est une boîte de conserve hermétique: si vous l’ouvrez, que trouverez-vous à l’intérieur? Une équipe internationale menée par des chercheurs du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), de l’Université Tufts et de l’Université de Melbourne pense le savoir. Pour la première fois, ils ont visualisé à quoi ressemblait la «boîte ouverte» du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), révélant une forme de virus auparavant inconnue et une image très détaillée des vulnérabilités du virus.

Publiée le 10 avril dans le journal Cell Host & Microbe, cette percée majeure a été rendue possible grâce à l’utilisation d’un «ouvre-boîte» moléculaire qui expose des parties de l’enveloppe virale pouvant être ciblées par des anticorps.

«La détermination de la nouvelle forme de l’enveloppe virale met au jour des détails uniques sur la vulnérabilité du VIH qui pourraient être utiles dans des stratégies d’éradication», dit Andrés Finzi, l’un des principaux auteurs de l’étude, chercheur au CRCHUM et professeur à l’Université de Montréal. Il ajoute que «cela ouvre de nouvelles voies dans la lutte contre ce virus mortel».

Quand le VIH infecte les cellules du système immunitaire humain, il se fixe avec son enveloppe à des récepteurs spécifiques présents sur ces cellules, appelés CD4 et CCR5. La liaison au récepteur CD4 déclenche des changements dans la forme de l’enveloppe qui permettent au virus d’infecter la cellule hôte. La nouvelle recherche décrit l’utilisation de petites molécules ressemblant aux CD4, conçues et synthétisées à l’Université de Pennsylvanie, pour forcer le virus à s’ouvrir et exposer des parties vulnérables de son enveloppe. Cela permet ainsi aux cellules du système immunitaire de tuer les cellules infectées.

Dans une étude antérieure publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences en 2015, l’équipe de chercheurs dirigée par Andrés Finzi a montré que l’exposition de ces parties vulnérables de l’enveloppe facilitait l’élimination des cellules infectées par un mécanisme connu sous le nom de «cytotoxicité à médiation cellulaire dépendante des anticorps» (ADCC).

Comment cartographier les vulnérabilités du VIH

Nirmin Alsahafi et Andrés Finzi

Crédit : CHUM

Les chercheurs de l’école de médecine de l’Université Tufts ont été capables de visualiser la forme, jusqu’alors inconnue, de l’enveloppe virale en utilisant une nouvelle technologie: le transfert d’énergie par résonance de type Förster sur molécules uniques ou smFRET. Cette technologie permet aux chercheurs de voir comment divers éléments de l’enveloppe se déplacent les uns par rapport aux autres. Véritable structure dynamique, l’enveloppe du VIH comporte des pièces mobiles qui lui permettent d’adopter des formes variées en réponse à différents stimulus, tels que des anticorps ou de petites molécules.

«Nous espérons que la visualisation de la forme de l’enveloppe virale contribuera à l’élaboration de candidats vaccins exploitant spécifiquement la réponse ADCC», a déclaré James Munro, l’un des auteurs principaux de l’étude et professeur agrégé de biologie moléculaire et microbiologie à l’école de médecine de l’Université Tufts. M. Munro était membre de l’équipe pionnière de l’utilisation du smFRET, qui a permis de mieux comprendre comment le VIH-1 infecte une cellule humaine en temps réel. «Dans l’essai vaccinal thaïlandais, qui demeure à ce jour le seul essai d’un vaccin ayant démontré un modeste niveau de protection contre l’infection par le VIH, l’apparition d’anticorps ayant une activité ADCC a été un facteur associé à une protection contre le virus.»

Les résultats du smFRET ont été confirmés par microscopie cryoélectronique (cryo-EM), une technique adoptée par la professeure agrégée Isabelle Rouiller, il y a presque 20 ans, et qui a récemment obtenu la reconnaissance de la communauté scientifique.

«Il est fascinant de voir de quelle manière les virus se protègent. Des approches modernes telles que la cryo-EM à particule unique nous permettent maintenant de regarder en détail les mécanismes moléculaires créés au cours de l’évolution. La visualisation directe de molécules à la surface du VIH nous permettra d’élaborer des stratégies de guérison de la maladie: un rêve devient réalité!» explique la professeure Rouiller, auteure principale de l’étude et chercheuse à l’Université de Melbourne.

En 2017, près de 37 millions d’individus vivaient avec le VIH. Chaque jour, 5000 nouveaux cas sont déclarés aux autorités sanitaires mondiales.

À propos de l’étude

L’article «An asymmetric opening of HIV-1 Envelope mediates Antibody-Dependent Cellular Cytotoxicity», écrit par Nirmin Alsahafi et ses collaborateurs, est paru dans Cell Host & Microbe. doi: 10.1016/j.chom.2019.03.002. 

Les travaux ont été financés par les Instituts de recherche en santé du Canada, les National Institutes of Health (NIH) des États-Unis, l’American Foundation for AIDS Research et le National Institute of Allergy and Infectious Diseases des NIH (subvention 1K22AI116262). James Munro est également soutenu par le programme de recherche sur le VIH Gilead Sciences Research Institute et la Fondation Campbell. Isabelle Rouiller est soutenue par le fonds de stimulation STEM-M de l’Université de Melbourne et Andrés Finzi est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en entrée rétrovirale.

Remerciements: Outre l’Université de Montréal, l’Université Tufts et l’Université de Melbourne, la vingtaine d’auteurs du document étaient affiliés à l’Université McGill, l'Université des sciences de la santé des services en uniforme, l'Université de Pennsylvanie, l’École de médecine de Harvard, l’Université Yale, l’Institut du cancer Dana-Farber, le Centre de recherche sur le sida Aaron Diamond, l’École de santé publique T. H. Chan et l'Institut de recherche Scripps.

Relations avec les médias