Soutien à la réussite: des projets pour améliorer la qualité de l’enseignement

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  • Le 7 mai 2019

  • Martine Letarte
Crédit : Benjamin Seropian

En 5 secondes

Le colloque Soutien à la réussite 2019 a mis en lumière différentes mesures prises à l’UdeM pour améliorer la compétence de l’enseignant et son bien-être.

«Le mieux-être au cœur de la réussite» était le thème du colloque Soutien à la réussite de cette année, tenu à l’Université de Montréal les 1er et 2 mai. Cela passe beaucoup par la santé et le bien-être des enseignants.

«Quelles sont les conditions à mettre en place pour qu’une personne puisse se développer pleinement?» a demandé Bruno Poellhuber, directeur du Centre de pédagogie universitaire (CPU) de l’UdeM, qui soutient le développement professionnel des enseignants.

Par exemple, arriver dans le grand établissement qu’est l’UdeM pour un professeur ou un chargé de cours peut être intimidant. Pour faciliter le processus, le CPU a élaboré un programme d’accueil et d’intégration pour les nouveaux enseignants. Il comprend notamment des ateliers sur les éléments de base en pédagogie universitaire et sur les ressources en soutien à l’apprentissage et aux enseignants. Le programme, qui sera de nouveau proposé en août, les met également en contact avec du personnel de la direction et des ressources humaines de l’UdeM, puis facilite la création de liens avec des enseignants plus expérimentés.

«Les enseignants aiment beaucoup partager leurs bons coups et leurs moins bons coups», a indiqué Mohamed Ali Benali, conseiller pédagogique au CPU.

Mentorat pour chargés de cours

Le programme de mentorat pour chargés de cours a aussi été présenté par sa coresponsable, Brigitte Desranleau, chargée de cours à la Faculté de l’éducation permanente.

«Quand on est nommé chargé de cours, on pense qu’on aura accès à du matériel, à une équipe avec qui échanger, à plusieurs ressources, mais ce n’est pas toujours le cas, a-t-elle précisé. Parfois, on reçoit un plan de cours, parfois seulement une phrase. Et c’est très angoissant. On se demande si on sera à la hauteur.»

Pour contrer la tentation d’abandonner chez les chargés de cours, un programme de mentorat a été mis en œuvre à l’automne 2017 avec le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UdeM.

«Le mieux-être est au cœur de la réussite étudiante et passe par des enseignants qui se sentent soutenus et engagés et qui développent un sentiment de compétence à l’égard de leur nouvelle tâche d’enseignement», a expliqué Brigitte Desranleau.

C’est le mentoré qui choisit son mentor parmi des volontaires. Il y a eu 12 jumelages réalisés, dont 6 sont toujours actifs, et plusieurs mentors formés sont prêts à mettre à profit leur expérience.

Viser les doctorants

L’UdeM intervient aussi auprès d’enseignants en tout début de parcours, soit encore au doctorat, pour favoriser leur épanouissement, leur bien-être professionnel et l’innovation pédagogique. Grâce à la création des bourses Fellows HORizon, le nouveau cours Risques et défis du XXIe siècle (HOR 1200) est maintenant offert à tous les étudiants du premier cycle. Les enseignants formeront des équipes interdisciplinaires pour se pencher la première année sur le thème «Planète Terre 1,5 °C: comment limiter le réchauffement planétaire dans un contexte d’indifférence et de scepticisme face à la science?»

À la suite d’un appel de candidatures, David Montminy, étudiant au doctorat en philosophie, et Morgan Botrel, étudiante au doctorat en sciences biologiques, ont été choisis pour donner le cours.

«Nous voulions que ces deux jeunes gens soient dans des domaines de recherche différents, mais liés au thème pour qu’ils puissent travailler en interdisciplinarité», a dit Sophie Parent, vice-doyenne aux études de premier cycle et aux stratégies numériques.

Le CPU leur donnera des notions essentielles en enseignement et les aidera à naviguer dans l’approche d’apprentissage par enquête et par problèmes en faisant appel à la créativité et à l’innovation. Les doctorants s’inspireront d’autres universités qui ont mis en place ce type de cours, notamment l’Université McMaster, qu’ils visiteront.

«Avec ce changement d’approche pédagogique, on n’est plus vraiment en présence d’un enseignant, mais plutôt devant un tuteur, un guide, un facilitateur, une référence, un arbitre», a illustré Mohamed Ali Benali.

«Nous créerons un contexte favorable pour que David Montminy et Morgan Botrel entament le trimestre en se considérant comme de bons tuteurs, capables de guider les étudiants sans paniquer, tout en sachant établir un bon climat de classe, a mentionné Sophie Parent. On apprend plus et mieux dans la joie et le plaisir que dans l’anxiété et la peur.»

La recette de la motivation

Pour clore le colloque, Frédéric Guay, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en motivation, persévérance et réussite scolaires de l’Université Laval, est venu donner la recette de la motivation. Elle comprend trois ingrédients: un sentiment de compétence, une certaine autonomie et un sentiment d’appartenance sociale. Alors que la recherche montre aussi que ces besoins psychologiques sont liés à une meilleure santé mentale des étudiants, Frédéric Guay est d’avis que les enseignants devraient adapter leurs pratiques en conséquence.

«Ainsi, la qualité de la rétroaction est importante, a-t-il souligné. Il faut être suffisamment précis pour permettre à l’étudiant de comprendre comment il pourrait s’améliorer. C’est comme ça que le sentiment de compétence peut se développer.»

Pour susciter un sentiment d’appartenance, il suggère de déployer des efforts pour créer un contact positif avec les étudiants, par exemple en utilisant l’humour, en s’intéressant à ce qu’ils font à l’extérieur de la classe et en recourant à des référents culturels et générationnels.

«Il faut faire en sorte que les étudiants se sentent à l’aise de poser des questions au professeur et d’échanger avec lui», a-t-il déclaré.

Pour développer le sentiment d’autonomie chez les étudiants, les enseignants doivent leur laisser une certaine liberté dans ce qu’ils ont à préparer.

Alors qu’un étudiant au doctorat sur deux abandonne ses études dans le monde, tout comme 30 % des étudiants dans la première session du baccalauréat, Frédéric Guay sonne l’alarme.

«La qualité de la supervision semble jouer un rôle fondamental, a-t-il conclu. Plus vous allez combler les besoins psychologiques des étudiants, plus ils ont de chances de rester motivés.»

  • La recette de la motivation, a dit Frédéric Guay, comprend trois ingrédients: un sentiment de compétence, une certaine autonomie et un sentiment d’appartenance sociale.

    Crédit : Benjamin Seropian