La musique d’Alexandra Stréliski à la conquête de la planète

Alexandra Stréliski

Alexandra Stréliski

Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Les compositions d’Alexandra Stréliski ont non seulement fait le tour du monde en accompagnant des succès hollywoodiens, mais elles ont voyagé dans l’espace avec l’astronaute David Saint-Jacques.

Dès l’âge de 10 ans, Alexandra Stréliski savait qu’elle serait pianiste. Elle s’imaginait aussi composer de la musique de film. Un rêve qui est devenu réalité, puisque des pièces de son premier album, Pianoscope, se font entendre dans le film Dallas Buyers Club (2013), du réalisateur québécois Jean-Marc Vallée. Lorsque Dallas Buyers Club s’est rendu aux Oscars en 2014, la musique de la pianiste a été révélée au grand public. Une visibilité instantanée qui a fait bondir à près de 15 millions les écoutes en continu sur les différentes plateformes numériques. Les critiques ont été dithyrambiques. Puis, le cinéaste lui demandera d’habiller musicalement son long métrage Demolition en 2016 et sa télésérie diffusée sur HBO, Big Little Lies, en 2017.

«Je suis consciente d’être particulièrement choyée, je fais ce dont j’ai toujours rêvé», dit la compositrice-interprète, qui me donne rendez-vous au café Larue, près de la station de métro De Castelnau. Un endroit qu’elle affectionne. Elle est assise près de la grande fenêtre, je la reconnais tout de suite à sa crinière bouclée et à ses lunettes à monture de type aviateur.

Alexandra Stréliski définit sa musique comme du «néoclassique d’aujourd’hui». «Un mélange de pop dans la structure, de classique sur le plan de l’instrumentation et empreint d’images cinématographiques. Il y a quelque chose de thématique dans mes pièces. J’ai beaucoup été influencée par la musique de film», explique la cinéphile, qui classe Les heures, de Stephen Daldry, et Dallas Buyers Club parmi ses films préférés.

Le journal britannique The Telegraph a qualifié Pianoscope de «sensible, mélancolique et lumineux». Billboard a dit de cette diplômée de l’Université de Montréal (musique 2008) qu’elle est «une des plus importantes nouvelles étoiles de la musique classique moderne».

Après la cérémonie des Oscars, Alexandra Stréliski a écrit un mot de remerciement à Jean-Marc Vallée, sans espérer de réponse de sa part. «Je voulais simplement lui dire combien j’étais impressionnée par la qualité émotionnelle de Dallas Buyers Club, souligne-t-elle. Je suis fascinée par la manière dont il parvient à représenter si habilement la complexité de notre existence. Ses œuvres sont incroyablement puissantes et percutantes. C’est un honneur de prêter ma musique à ses créations.»

La mesure de sa popularité

Fille de Jean-Jacques Stréliski, qui a fait carrière dans la publicité et est professeur associé à HEC Montréal, elle est la sœur de l’humoriste Léa Stréliski. Mais elle affirme que c’est elle, Alexandra, qui avait dans leur jeunesse la réputation d’être la «petite drôle de la famille».

Née à Montréal, elle a vécu quelques années à Paris, a étudié au Collège international Marie de France, puis à l’Université McGill, avant de s’inscrire à la mineure en arts et sciences de l’Université de Montréal. «J’y ai suivi des cours en cinéma, service social, psychologie et littérature comparée avant d’opter pour le baccalauréat en musique. J’ai tardé à le faire, car je n’avais pas les préalables», raconte celle qui joue du piano depuis l’âge de cinq ans.

Malgré son talent et ses nombreuses années d’études dans le domaine, elle ne lisait pas bien les partitions musicales. Parallèlement à ses études, elle décide donc de suivre des cours de solfège avec Gabrielle Therrien, de la Faculté de musique. «C’est grâce à elle si j’ai réussi à entrer à la faculté», estime la pianiste, qui compte aujourd’hui 1 million d’auditeurs par mois sur Spotify et plus de 30 millions de diffusions en continu, toutes plateformes confondues. Et bien sûr, elle écrit maintenant ses compositions.

Huit ans après Pianoscope, la sortie à l’automne 2018 de l’album Inscape a marqué une nouvelle étape dans la vie de la musicienne de 34 ans, dont les deux dernières années ne s’apparentent en rien à une mélodie du bonheur. «À 32 ans, j’ai fait un burnout. Je suis une artiste, alors quand c’est dark, c’est très dark!» Il lui aura fallu près de deux ans pour s’en remettre complètement. Et le voyage intérieur qui lui a permis de trouver sa voie n’a pas été de tout repos. Son récent album témoigne des états d’âme qu’elle a vécus durant cette période difficile. «Inscape, un concept réunissant les mots anglais ‘‘interior’’ et ‘‘landscape’’, qu’on pourrait traduire en français par ‘‘paysage intérieur’’, a été une crise existentielle. Tout a chaviré et j’ai eu à traverser divers paysages intérieurs, mouvementés, beaux et souffrants à la fois», confie la pianiste.

Ce second disque est une immersion dans la vie d’Alexandra Stréliski. Une réflexion musicale qui dépeint toutes les nuances de la musicienne et se façonne au fil de son périple. Ses pièces, qu’elle a tenu à enregistrer sur le piano droit de son enfance, sont comme une chronologie de moments fragiles, profonds, mélancoliques, mais aussi empreints d’un doux espoir et qui incitent à ralentir.

Tout le monde en parle

Récemment, Jean-Marc Vallée a une fois de plus fait appel à elle pour la minisérie Sharp Objects, mettant en vedette l’actrice américaine Amy Adams. Dans cette production d’HBO, le réalisateur et la pianiste ont travaillé en étroite collaboration. Pour «Fix», le troisième épisode, elle joue la musique thème de la minisérie et un concerto de Bach. «Je suis allée chez lui. On a développé le contenu émotionnel du générique et j’ai interprété une scène bien précise. Nous avons une sensibilité semblable, alors la collaboration a été assez facile et naturelle.»

Le magazine Rolling Stone, qui a fait l’éloge de cette minisérie à suspense, vante aussi la musique de la compositrice, qui est qualifiée de personnage secondaire important jouant un rôle captivant.

À son passage à l’émission Tout le monde en parle en octobre 2018, Alexandra Stréliski a relaté ce qu’elle avait vécu. La semaine suivante, l’album Inscape figurait en première position des ventes de disques au Québec avec 24 000 copies écoulées.

Au moment de l’entrevue avec Les diplômés, Alexandra Stréliski se préparait à présenter son spectacle Inscape au théâtre Outremont à Montréal, puis au palais Montcalm à Québec. Elle fera également en mai la première partie de trois concerts de Cœur de pirate en France. Son concert au Théâtre Maisonneuve présenté cet été dans le cadre du Festival international de jazz de Montréal affiche déjà complet.

Décidément, tous les projecteurs sont braqués sur elle…