«Rue des Quatre-Vents, San Telmo»

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Trois questions à Nicolas Goyer (philosophie 1989, études françaises 1994, littérature comparée 2001), qui a écrit «Rue des Quatre-Vents, San Telmo».

Les diplômés: Que signifie le titre de votre livre?

Nicolas Goyer: Il fait référence à des éléments géographiques et symboliques. Il y a une rue des Quatre-Vents à Paris et dans plus d’une ville au Québec. Je sens les «quatre vents» en Amérique du Sud et dans d’autres pays, et cela renvoie aux migrations qu’aborde mon livre. Quant à San Telmo, c’est un quartier mythique de Buenos Aires où est né le tango – qui est apparu simultanément dans des quartiers périphériques de la capitale argentine, ainsi qu’à Montevideo, en Uruguay. Des migrants italiens y ont transformé une sorte d’orgue portatif allemand en un instrument de musique populaire, le bandonéon. San Telmo est un vrai lieu de vie, j’y ai séjourné. Je me situe dans le monde à partir de là.

LD: Vous associez migration et traduction. Pourquoi?

NG: Les gens qui changent de pays changent presque toujours de langue. La traduction occupe une place centrale dans cette transition. J’ai traduit de nombreux poètes et écrivains latino-américains et je propose une réflexion sur cette expérience particulière, passer d’une langue à l’autre. Un des paris de mon livre tient à ceci: que nous puissions gagner au change à traduire, à nous frotter durablement à différentes langues.

LD: L’expression «crise migratoire», employée actuellement en Occident pour décrire l’arrivée massive d’immigrants, vous fait sursauter. Pourquoi?

NG: Parce que la migration est au cœur de l’expérience humaine depuis le néolithique. C’est même assez naturel chez l’humain de se déplacer. J’en ai fait moi-même l’expérience en passant une partie de ma vie à l’extérieur du Québec: en Espagne, en France, en Argentine, en Uruguay et au Mexique, notamment. Il n’y a pas tant une unique crise migratoire en ce moment que des bouleversements intermittents. Le déplacement des populations a alerté des penseurs tels Hannah Arendt et Edward Saïd, qui ont souligné qu’il y avait eu plusieurs dizaines de millions de déplacés depuis deux siècles. Ces migrants ont constamment remodelé la société civile et continuent de le faire. Les États-Unis doivent leur existence à l’immigration, comme le Canada, l’Argentine et la plupart des pays neufs. La littérature d’Amérique du Sud a exploré ce défi anthropologique en profondeur, avec nuance. Ces écrivains nous «parlent» dans l’hémisphère Nord. C’est très vivant.

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Rue des Quatre-Vents, San Telmo
Nicolas Goyer
Philosophie 1989, études françaises 1994, littérature comparée 2001
Boréal, 2019
296 pages, 27,95 $