L’isolement aux cycles supérieurs est un atout… et un piège

  • Forum
  • Le 30 mai 2019

  • Mathieu-Robert Sauvé
La solitude permet de se concentrer. Mais elle peut aussi nuire à la santé mentale des étudiants si elle se prolonge au-delà de leur temps d’études.

La solitude permet de se concentrer. Mais elle peut aussi nuire à la santé mentale des étudiants si elle se prolonge au-delà de leur temps d’études.

Crédit : Getty

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Deux chercheurs en santé publique de l’UdeM ont présenté à Gatineau les résultats de leur projet de recherche sur l’isolement chez les étudiants des cycles supérieurs.

Être isolé, c’est utile lorsque vous écrivez votre thèse ou que vous devez lire une tonne d’articles scientifiques, car la solitude permet de se concentrer. Mais elle peut aussi nuire à votre santé mentale si cet isolement se prolonge au-delà de votre temps d’études. «Notre recherche révèle un paradoxe avec lequel les étudiants doivent composer: si l’isolement choisi peut être un facteur de réussite, l’isolement subi peut être un facteur de stress qui a une incidence sur la santé mentale», a expliqué Jodi Kalubi à un colloque sur les enjeux de santé des travailleurs et des étudiants au 87e Congrès de l’Acfas, qui a lieu cette semaine à Gatineau.

Quand vous entreprenez des études supérieures, a dit l'un des répondants cité par Mme Kalubi, coauteure de l’étude, «vous entrez dans un labyrinthe et vous ignorez quand vous en sortirez».

Yoga, méditation, sorties culturelles et rencontres thématiques autour de la production écrite (c’est ce qu’organise le groupe Thèsez-vous) sont diverses façons de faire baisser la pression aux cycles supérieurs. «Mais nous n’avons pas de solution définitive à cet enjeu de santé mentale. Nous avons cherché à lever le voile sur cette réalité, mais d’autres recherches, espérons-le, proposeront des manières de briser l’isolement involontaire», a commenté l’un des coauteurs de l’étude, Yan Bertrand, doctorant à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM).

Question ouverte

Avant d’entreprendre leur recherche, les étudiants ont procédé à une revue de la littérature qui a montré que de nombreuses études quantitatives avaient été menées dans le passé. La Fédération des associations étudiantes du campus de l’UdeM a elle-même brossé «un tableau alarmant de la détresse psychologique liée au sentiment de solitude» après avoir sondé plus de 10 000 étudiants en 2015-2016.

«Ce sujet nous interpellait comme représentants de l’association étudiante de l’ESPUM et nous avons voulu aller plus loin pour comprendre le phénomène», a mentionné Yan Bertrand à Forum.

Le problème de l’isolement subi semble exacerbé chez les étudiants étrangers, qui ont parfois du mal à mettre en place un réseau de soutien dans leur pays d’accueil. De plus, l’éloignement de la famille peut être un facteur aggravant. Mais les chercheurs ne veulent pas tirer de conclusions hâtives, car leur travail avait ses limites.

«Il faudrait étudier d’autres populations ciblées comme les étudiants parents ou étendre cette question à de grands groupes, ce que notre recherche exploratoire ne nous a pas permis de faire», a nuancé Mme Kalubi, qui travaille actuellement avec ses collègues à la rédaction d’un article destiné à une publication savante.

Recherche qualitative

Mme Kalubi, infirmière et aussi étudiante au doctorat en santé publique, avait fait le voyage en Outaouais avec M. Bertrand afin de présenter les résultats de leur recherche effectuée l’an dernier dans le cadre du cours de Mathieu Bujold, Introduction aux méthodes qualitatives. Les autres coauteurs sont Béatrice Dagenais, Roxanne Houde et Sophie Marcoux.

Rappelons que les recherches avec des sujets humains peuvent être quantitatives (basées sur des statistiques) ou qualitatives (à partir d’entrevues). Les doctorants et leurs collègues ont réalisé des entrevues semi-dirigées avec quatre étudiants des cycles supérieurs et une psychologue spécialisée et ont animé un groupe de discussion sur le sujet. Ils ont par la suite analysé le contenu des transcriptions de ces rencontres avec l’aide d’un logiciel d'analyse qualitative.

Le paradoxe de l’isolement est ressorti comme un élément majeur de la vie étudiante aux deuxième et troisième cycles. La conclusion des conférenciers se résume en une question ouverte: faut-il «accepter ce phénomène comme un passage obligé ou plutôt mettre en place des stratégies pour favoriser l’isolement bénéfique et réduire celui qui est non désiré»?