Maladies du cœur chez les Canadiens français: validation d’un nouvel outil génétique pour prédire qui en sera atteint

Des chercheurs canadiens ont validé une technique génétique qui permet de prédire quelles personnes pourraient être atteintes d’une maladie du cœur au sein d’une population ciblée.

Des chercheurs canadiens ont validé une technique génétique qui permet de prédire quelles personnes pourraient être atteintes d’une maladie du cœur au sein d’une population ciblée.

Crédit : Getty

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Une étude calculant le risque génétique de maladie du cœur chez les Canadiens français démontre que le «score de risque polygénique» ouvre de nouvelles possibilités dans la prédiction de la maladie.

Le score de risque polygénique (SRP) est une technique de calcul génétique basée sur la séquence complète de l’ADN d’un individu (génome) grâce à laquelle on peut prédire son risque de souffrir d’une maladie X. Des chercheurs canadiens ont validé cette technique génétique qui permet de prédire quelles personnes pourraient être atteintes d’une maladie du cœur au sein d’une population ciblée. Les résultats de leur étude sont publiés aujourd’hui dans Circulation: Genomic and Precision Medicine, l’une des revues scientifiques de l’American Heart Association.

«Plusieurs études récentes ont utilisé des SRP avec une grande précision chez les personnes d'ascendance européenne, mais nous sommes les premiers à le faire pour les Canadiens français», explique Guillaume Lettre, auteur principal de l’étude, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et chercheur à l’Institut de cardiologie de Montréal.

Le professeur Lettre et son équipe ont testé deux SRP similaires chez 3639 adultes canadiens souffrant d’une maladie cardiovasculaire et 7382 adultes en santé. Ils ont constaté que les SRP, élaborés et testés dans d'autres populations, présentaient une sensibilité et une spécificité élevées pour la prédiction des maladies cardiaques chez les Canadiens français.

«Les SRP, construits à partir de très grands ensembles de données sur des personnes atteintes et non atteintes d’une maladie cardiaque, recherchent des modifications génétiques dans l'ADN qui influent sur le risque de maladie, alors que les gènes individuels pourraient n'avoir qu'un faible effet sur la prédisposition à la maladie», résume le professeur Lettre, qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les traits génétiques complexes.

«Calculer un SRP, c’est comme prendre une photo instantanée de l’ensemble de la variation génétique qu’on trouve dans l’ADN d’une personne et pouvoir prédire de manière plus efficace son risque de subir une crise cardiaque ou de souffrir d’un autre type de maladie cardiaque», ajoute-t-il.

L'American Heart Association a d’ailleurs désigné l'utilisation des SRP comme l'une des plus grandes avancées dans la recherche sur les maladies du cœur et les accidents vasculaires cérébraux en 2018.

Prévenir plus simplement grâce à la génétique au lieu de soigner lourdement

Une prédiction précoce serait bénéfique pour la prévention, la gestion optimale et les stratégies de traitement des maladies du cœur. Parce que l’utilisation des SRP est simple et relativement peu coûteuse, leur mise en œuvre en milieu clinique est très prometteuse. Pour les maladies cardiaques, une détection précoce pourrait conduire à des interventions thérapeutiques simples, mais efficaces telles que le recours aux statines, à l’aspirine ou à d’autres médicaments.

«Cependant, les SRP n’ont pas aussi bien réussi à prédire de nouvelles manifestations de la maladie cardiaque chez les personnes ayant déjà été victimes d’un infarctus, indique Florian Wünnemann, premier auteur de l’article et stagiaire postdoctoral dans le laboratoire du professeur Lettre. C’est probablement parce que ces participants étaient plus âgés et que 76 % d’entre eux suivaient un traitement aux statines, ce qui pourrait avoir un impact sur les performances des SRP. Il est donc nécessaire de mener davantage d’études avant que les SRP se généralisent pour déterminer le risque individuel de maladie cardiaque.»

Les chercheurs devraient également entreprendre des recherches pour mieux comprendre comment intégrer les scores de risque polygénique aux autres facteurs de risque connus, tels que la pression artérielle, le diabète et les niveaux de cholestérol, mais également pour étendre ces recherches à des populations d'ascendance non européenne, par exemple les Afro-Américains.

«Cette recherche est passionnante, car elle permet de réunir des données cliniques classiques et une méthode génétique contemporaine afin d’améliorer la prédiction d’une maladie qui affecte plus de 550 000 Canadiens», conclut Guillaume Lettre.

À propos de cette étude

Les coauteurs de l’étude sont Florian Wünnemann, Ken Sin Lo, Alexandra Langford-Avelar, David Busseuil, Marie-Pierre Dubé et Jean-Claude Tardif.

L'étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, la Fondation des maladies du cœur du Canada, le Programme des chaires de recherche du Canada, Génome Québec, Génome Canada et la Fondation de l'Institut de cardiologie de Montréal.

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