Le recteur répond aux questions des membres de la communauté

Guy Breton

Guy Breton

Crédit : Yves Lacombe

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Le recteur Guy Breton répond aux questions posées par la communauté universitaire à la suite de sa déclaration annuelle.

Le 7 octobre, le recteur Guy Breton prononçait sa traditionnelle déclaration annuelle devant l’Assemblée universitaire. Une rencontre à laquelle, depuis quelques années, sont conviés par l’entremise du Web tous les membres du personnel de l’Université.

Le recteur a fait un bref bilan de la dernière année et rappelé les défis du financement universitaire au Québec, mais il a surtout parlé des dossiers qui occuperont l’Université au cours des prochains mois, voire des prochaines années: inclusion et diversité, ambitieux projet de réaménagement des locaux aux pavillons Roger-Gaudry et Marie-Victorin, promotion de l’interdisciplinarité en recherche, rehaussement de notre offre de formation en ligne, transformation institutionnelle.

Comme par le passé, M. Breton a profité de cette tribune pour inviter la communauté à lui poser des questions. Il répond ici à quelques-unes de celles qui lui ont été adressées et revient sur le thème central de son allocution: comment mesurer le succès d’une université?

Dans votre déclaration, vous affirmez qu’il n’y a pas une manière unique d’évaluer le succès d’une université. Que voulez-vous dire?

La multiplication des classements universitaires ces dernières années témoigne en soi de la diversité des méthodes pour évaluer les établissements de par le monde. L’Université de Montréal se classe d’ailleurs très honorablement dans la majorité des palmarès reconnus. Mais les classements ne disent pas tout: même considérés dans leur ensemble, ils comportent de nombreux angles morts. L’un des meilleurs indicateurs du succès d’une université demeure pour moi sa faculté d’évoluer, de s’adapter aux nouvelles réalités. Et l’UdeM, en dépit de ce qu’on en dit parfois, est capable d’évolution et de transformation.

À propos de ces classements, l’Université s’est hissée pour la troisième année d’affilée cet automne parmi les 100 meilleurs employeurs au Canada. Des membres du personnel se demandent comment l’UdeM compte s’y prendre pour conserver ce statut.

La conciliation travail-famille est au centre de notre attention. Sur ce point précis, nous nous comparons avantageusement à d’autres employeurs. En 2019, l’Université de Montréal était la seule université québécoise reconnue par Mediacorp pour ses efforts en matière de conciliation travail-famille. Que ce soit par la présence d’un centre de la petite enfance sur le campus, les modalités d’aménagement d’horaires ou la semaine comprimée, diverses mesures nous permettent d’appuyer nos employés dans ce défi quotidien. De plus, ils disposent d’une généreuse banque de congés, sans oublier la possibilité d’obtenir des congés à traitement anticipé et différé.

Certains considèrent cependant que la conciliation travail-famille est laissée un peu trop à la discrétion des gestionnaires. La Direction des ressources humaines ne devrait-elle pas donner des orientations claires aux unités en cette matière?

Il est normal de s’en remettre aux gestionnaires dès qu’il est question d’aménagement du temps de travail, en particulier dans un environnement de travail aussi diversifié que le nôtre, où une règle commune à tous serait inapplicable. Mais nous encourageons nos gestionnaires à accueillir favorablement les demandes d’aménagement d’horaire qui leur sont faites lorsque la situation dans leur unité le permet et dans les limites de notre protocole et de nos contrats collectifs de travail.

Le chemin de la Tour a été mis à rude épreuve ces dernières années. Des travaux de réfection sont-ils prévus?

Ah, le chemin de la Tour… Nous ne pouvons nier le fait qu’il aurait besoin de travaux en profondeur, mais nous devrons nous armer de patience, puisque nous avons pour lui des plans ambitieux. Nous avons soumis à l’approbation de la Ville de Montréal notre plan directeur d’aménagement extérieur, qui prévoit un réaménagement complet du chemin de la Tour en esplanade. D’ici que nous obtenions les autorisations nécessaires, nous serons obligés de nous en tenir à des réparations de surface, qui entrent sous le couvert de notre permis d’entretien. La bonne nouvelle, c’est que les grands projets extérieurs sont terminés.

L’Université a installé des bornes de recharge pour les véhicules électriques au cours de la dernière année. Y en aura-t-il d’autres?

La phase 1 de ce projet a vu l’installation, en janvier 2019, de 19 bornes sur les campus de Montréal, de Laval et de Saint-Hyacinthe. Avec l’ouverture du campus MIL, 10 autres bornes ont été mises en place. Nous envisageons d’en installer de nouvelles sur le campus de la montagne, mais nous devons au préalable nous assurer d’avoir le budget nécessaire, puisqu’il en coûte environ 100 000 $ par borne de recharge.

Est-il prévu de construire un nouveau complexe sportif?

L’Université ne prévoit pas la construction d’un nouveau complexe sportif. Toutefois, le CEPSUM continue d’investir annuellement dans l’entretien et l’amélioration de ses installations. Par exemple, nous venons de remplacer le système de réfrigération de l’aréna et de terminer l’aménagement d’une toute nouvelle salle d’entraînement fonctionnel. Dans la prochaine année, la salle d’entraînement sera entièrement rénovée et l’un des deux terrains extérieurs remplacé. De plus, l’année 2020 verra la restauration de la maçonnerie et de la grande verrière qui donnent sur le boulevard Édouard-Montpetit.

On parle beaucoup de formation continue depuis quelque temps. Comment atteindre les populations des banlieues sans qu’elles soient forcées de venir à Montréal?

Avec l’ouverture du REM [le Réseau express métropolitain], dans deux ans, les déplacements depuis les banlieues nord et sud seront grandement facilités, y compris pour les personnes qui sont déjà sur le marché du travail et qui souhaitent acquérir une formation d’appoint. Ce qui ne nous empêchera pas, au cours des années à venir, de bonifier notre offre de formation en ligne et de nous rapprocher de certaines populations de la banlieue. La Rive-Sud est dans notre mire, ce qui inclut Saint-Hyacinthe: nous avons là des installations qui pourraient servir à la formation aux adultes. Nous allons aussi déménager les activités du campus de Longueuil dans le Quartier DIX30, à Brossard, pour profiter de la desserte du REM. Avec l’objectif d’être technologiquement à l’avant-garde.

Que répondez-vous à ceux et celles qui critiquent la délocalisation des universités?

Il y a actuellement 259 adresses où l’on peut suivre des cours universitaires au Québec. C’est le résultat d’une fragmentation de l’offre. L’UdeM est l’un des établissements les moins délocalisés: notre feuille de route est sur ce plan assez exemplaire. Nous voulons répondre aux besoins de certaines régions ‒ notre campus de Laval et celui de Trois-Rivières sont des modèles en ce sens ‒, mais nous voulons éviter la délocalisation tous azimuts.

Dès qu’on parle d’internationalisation, on pense à des séjours d’études à l’étranger ou à l’accueil d’étudiants d’autres pays. Mais il y a des approches plus carboneutres, qui intègrent au curriculum des perspectives internationales. Où se situe l’UdeM?

L’UdeM mise, plus que d’autres établissements, sur l’expérience internationale sur ses campus, que ce soit par la diversité de provenance de ses professeurs, par l’intégration de perspectives internationalistes dans les cursus ou par la présence d’étudiants étrangers dans les classes. Ce qui risque de changer ces prochaines années, c’est la composition internationale de notre population étudiante. La dérèglementation des droits de scolarité des étudiants étrangers va nous forcer à diversifier notre bassin de recrutement, largement français pour le moment. Et bien entendu, l’urgence climatique va très certainement pousser les étudiants, professeurs et chercheurs du monde entier à se livrer à un examen de conscience quant à leurs déplacements. La saison des colloques, on le sait, a une empreinte carbone indéniable.

L’Université de Montréal est-elle en croissance? Ou est-elle condamnée, dans les années qui viennent, à se remodeler de l’intérieur, sans pouvoir compter sur de nouvelles ressources?

Le financement universitaire va rester problématique et la démographie du Québec joue contre les inscriptions, du moins pour quelques années encore. Les perspectives de croissance restent donc limitées. Ce qui ne devrait pas empêcher les universités d’évoluer. Il est toujours douloureux pour un département ou une faculté de devoir renoncer à certains programmes, surtout pour le motif superficiel que certains domaines ne sont pas «porteurs»: je pense qu’il faut être devin pour prédire les domaines qui seront porteurs dans 10 ans. Voilà pourquoi je nous encourage à plaider auprès des politiques et de la population québécoise en faveur de la diversité des savoirs. Si des représentants de Moment Factory me disent qu’ils ont besoin de médiévistes pour scénariser certaines de leurs productions, je me dis que c’est un argument supplémentaire pour continuer à enseigner l’histoire du Moyen Âge.