Beaucoup plus de cas que ceux officiellement signalés

La prévalence de la COVID-19 au Canada est bien plus importante que ce qui est officiellement signalé, selon une nouvelle analyse effectuée par des économistes de l'Université de Montréal.

La prévalence de la COVID-19 au Canada est bien plus importante que ce qui est officiellement signalé, selon une nouvelle analyse effectuée par des économistes de l'Université de Montréal.

Crédit : Getty

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Selon une nouvelle technique statistique mise au point à l'Université de Montréal, l'Ontario compte 18 fois plus de cas de COVID-19 et le Québec 12 fois plus, soit près de un demi-million au total.

Joshua Lewis

La prévalence de la COVID-19 au Canada est bien plus importante que ce qui est officiellement signalé, selon une nouvelle analyse effectuée par des économistes de l'Université de Montréal. Rien qu'en Ontario et au Québec, près de un demi-million de personnes sont atteintes de la maladie, soit environ 14 fois le nombre officiel.

Pourquoi cette différence? Parce que, comme dans de nombreux pays, le dépistage au Canada est limité à une petite fraction de la population. Les gouvernements peuvent donc sous-estimer considérablement l'ampleur réelle de l'infection, puisqu'un grand nombre de personnes asymptomatiques ou présentant des symptômes bénins ne sont pas testées.

Les chercheurs ajoutent que les différentes capacités de test entre les provinces ont accentué l'incertitude. Le Québec compte des milliers de cas confirmés de plus que l'Ontario ‒ 20 965 ici contre 12 245 en Ontario jusqu’au 22 avril ‒, mais a également fait passer beaucoup plus de tests.

«Les différences entre les cas confirmés reflètent-elles la prévalence réelle ou sont-elles le résultat de normes de test différentes?» a demandé Joshua Lewis, économiste à l'UdeM, qui a réalisé l'analyse avec son collègue Raphaël Godefroy et David Benatia, de l'Institut polytechnique de Paris.

Pour le savoir, les professeurs ont adapté une étude qu'ils ont menée sur la prévalence de la COVID-19 aux États-Unis en utilisant des données officielles canadiennes pour mettre au point une technique statistique permettant de calculer la prévalence de la maladie au Québec et en Ontario.

Les résultats sont frappants. Au 22 avril, selon les estimations des économistes, le nombre réel d'infections était de 256 130 au Québec (au-delà de 12 fois plus que le nombre officiel) et de 220 602 en Ontario (au-delà de 18 fois plus).

Différences de normes

Raphaël Godefroy

«Nos résultats montrent comment les différences dans les normes de test entre les provinces peuvent grandement masquer la véritable gravité de l'épidémie, a mentionné M. Lewis. Le nombre réel de personnes infectées au Québec et en Ontario est remarquablement similaire, bien que le Québec ait près de deux fois plus de cas officiellement déclarés.»

Alors que les gouvernements font face à la pandémie de coronavirus, l'efficacité de la réponse des autorités de la santé publique dépend de manière cruciale de l'information opportune sur la prévalence réelle de la maladie, estiment les économistes.

Ils soutiennent que le diagnostic rapide et les tests sérologiques devraient être étendus à l'ensemble de la population pour prévenir la transmission communautaire non observée récurrente et désigner le grand nombre de personnes qui pourraient être immunisées contre le virus.

«Quelle est l'étendue réelle de la COVID-19 dans la population générale? C'est ce que nous avons besoin de connaître pour avoir une bien meilleure image de la situation, a indiqué Joshua Lewis. C'est important pour les décideurs politiques, qui doivent faire des choix difficiles quant à la durée d'imposition de mesures de distanciation sociale coûteuses.»

Selon M. Lewis, «c'est aussi une question qui est très présente dans l'esprit de nombreux Canadiens et Canadiennes. Chaque fois que nous nous aventurons au supermarché ou que nous allons nous promener, nous craignons de croiser le chemin d'une personne atteinte du virus. La question est de savoir si nous devons le faire, et dans quelle mesure».

«Les vrais chiffres nous aideront à décider», a conclu l’économiste.

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