Marc Laurendeau raconte la crise d’Octobre à l’UdeM

Marc Laurendeau

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Crédit : Amélie Philibert

En 5 secondes

Marc Laurendeau, chargé de cours à la Faculté de l’éducation permanente, revient sur les évènements d’octobre 1970, alors qu’il était étudiant à l’UdeM.

«Au moment de la diffusion télévisée du Manifeste, des débats se tiennent dans les amphithéâtres et les cafés étudiants au sujet du Front de libération du Québec [FLQ]. C’est une période de grande effervescence à l’Université de Montréal», souligne le journaliste Marc Laurendeau, qui était étudiant à la maîtrise au Département de science politique au moment de la crise d’Octobre.

En vertu de son contenu idéologique chargé qui évoque la lutte des classes en plus de l’indépendantisme, le Manifeste provoque des discussions enflammées parmi les étudiants et leurs professeurs mais «jamais de débordements», selon M. Laurendeau.

C’était avant l’assassinat de Pierre Laporte, qui allait jeter une douche froide sur ceux et celles du campus qui sympathisaient jusque-là avec les jeunes révolutionnaires du FLQ, signale-t-il 50 ans plus tard. Chargé de cours en journalisme à la Faculté de l’éducation permanente, il signe avec sa conjointe, la journaliste Anne-Marie Dussault, une série sur la crise d’Octobre à Radio-Canada intitulée Pour l’avoir vécu, disponible en baladodiffusion. C’est une idée qui est venue du réalisateur Robert Ménard.

En 1970, les cours de science politique de cet avocat de formation se déroulent dans les pavillons Lionel-Groulx et 3200, rue Jean-Brillant. Menant parallèlement une carrière d’humoriste dans le groupe Les Cyniques, né d’une activité étudiante avec ses amis Serge Grenier, Marcel Saint-Germain et André Dubois, il effectue un retour sur les bancs d'école à 31 ans. Il jongle avec l’idée de consacrer ses études aux cycles supérieurs à la violence politique.

Dans le cadre de sa maîtrise, dont le sujet reçoit l’aval de son directeur de recherche, Edmond Orban, mais provoque des réticences dans son département ‒ faut-il vraiment mettre l’accent sur les activités révolutionnaires de la frange extrémiste du souverainisme québécois? ‒, il se penche sur le profil criminologique de dizaines de felquistes. Il se rend jusqu’à Cuba pour interviewer les ravisseurs de James Cross, Jacques Cossette-Trudel et Louise Lanctôt. L’État cubain tient à l’écart le couple en exil et la rencontre n’a pas lieu. Mais l’étudiant parvient à envoyer une liste de questions; les réponses lui parviennent sur une cassette.

«Mon but n’était pas de donner une crédibilité aux actions des felquistes, mais de comprendre leur démarche, indissociable du climat de violence politique qui sévissait à ce moment-là un peu partout en Occident. Edmond Orban était d’ailleurs un spécialiste des États-Unis bien informé de la violence politique culturellement ancrée dans ce pays», explique celui qui hésitera longtemps entre une carrière universitaire et le métier de journaliste. Il fera deux années de scolarité de doctorat dans les années 80 sans réaliser son projet de thèse.

Le lien de confiance établi avec le couple de ravisseurs a permis au journaliste de les retrouver à Paris quelques années plus tard. Cette rencontre lèvera le voile sur d’autres aspects méconnus de la crise d’Octobre. Son article dans L’actualité intitulé «Les vrais événements d’octobre» remportera le prix du meilleur article politique de l’année aux National Magazine Awards.

En 1980, Marc Laurendeau mène en prison une entrevue avec le membre le plus éminent de la cellule Chénier, Paul Rose. Cet entretien, qui a aujourd’hui une valeur historique, est organisé à l’occasion d’une émission de télévision à laquelle Anne-Marie Dussault travaille comme recherchiste. Leur union sera dès lors scellée.

Serait-il possible de traiter de sujets aussi délicats que le terrorisme politique de nos jours? Marc Laurendeau exprime quelques doutes en vertu des menaces à la liberté d’expression qu’on observe aujourd’hui sur les campus. «Il régnait à l’époque une grande tolérance à l’égard des idées exprimées dans les universités. C’était un lieu de débats», affirme-t-il.