Urbanisme: bâtir des collectivités plus viables, un impératif pour l’avenir du Québec

Juan Torres

Juan Torres

En 5 secondes

La congestion routière et la pollution qui en découle requièrent le développement des transports alternatifs et des actions plus cohérentes sur le territoire, selon le professeur Juan Torres.

Par Juan Torres, professeur à l’École d'urbanisme et d'architecture de paysage

En cette période électorale, les personnes qui aspirent à nous représenter au gouvernement provincial cherchent la sympathie des électeurs en promettant parfois des projets d’infrastructure pour faciliter les déplacements. Il faut souligner que le transport constitue un enjeu des plus importants.

Sur le plan économique, les coûts liés à la congestion routière sont grands et en croissance[1]; sur le plan environnemental, le secteur des transports constitue le principal producteur de gaz à effet de serre dans la province[2]; finalement, nous observons, ici comme ailleurs en Amérique du Nord, une dépendance à l’automobile, source d’iniquité.

La place qu’occupe la voiture dans nos milieux de vie est, à ce titre, révélatrice: entre 2009 et 2017, le nombre de véhicules de promenade est passé à lui seul de 4,2 millions à plus de 4,7 millions, ce qui équivaudrait à une file allant de Montréal à Baie-Saint-Paul qui, pendant cette période, s’ajouterait au réseau routier de la province chaque année[3].

Développer des modes de transport alternatifs

Face à cette situation, l’élargissement du réseau autoroutier est une promesse qui peut séduire plusieurs électeurs, surtout devant les problèmes de congestion de plus en plus lourds dans les grandes villes. Mais paradoxalement, cette voie exacerbe le problème.

Une littérature scientifique abondante nous amène plutôt à privilégier le développement des modes alternatifs de transport et en particulier le transport en commun, la marche et le vélo.

Cette solution peut sembler évidente, mais son application ne va pas de soi, car le développement des transports alternatifs passe non seulement par la mise en place d’installations (ferroviaires, piétonnes, cyclables, etc.), mais aussi par le contrôle de la promotion immobilière (l’emplacement des logements, des lieux de travail, des services...). Plus fondamentalement, il nécessite la concertation d’acteurs qui, encore aujourd’hui, travaillent en fonction d’objectifs strictement sectoriels.

Le développement des transports alternatifs est une priorité. Pour y arriver, il faut rendre plus cohérentes les actions sur le territoire.

À titre d’exemple, nous pouvons mentionner la nécessaire coordination entre les milieux municipal, de l’éducation et des transports: la prise en compte des écoles dans la planification urbaine et des transports constitue en effet un grand défi dans le contexte institutionnel actuel, mais il s’agit aussi d’une véritable occasion de diminuer les distances d’une bonne partie des déplacements quotidiens pour susciter le transport actif chez les enfants, et pour rendre nos milieux de vie plus inclusifs, plus justes et plus durables.

Voir la page de Juan Torres.

[1] Un rapport détaillé du ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports sur les coûts engendrés par la congestion routière dans la région de Montréal est accessible à l’adresse suivante: http://www.bv.transports.gouv.qc.ca/mono/1165444.pdf.

[2] L’inventaire des émissions de gaz à effet de serre dans la province peut être consulté à l’adresse suivante: http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/changements/ges/2015/inventaire1990-2015.pdf.

[3] Selon les données de la Société de l’assurance automobile du Québec, le nombre de véhicules de promenade (automobiles et camions légers) en circulation a augmenté de 555 563 entre 2009 et 2017. L’augmentation moyenne par année est de 69 445 véhicules qui, sur une file (un véhicule tous les cinq mètres), occuperaient près de 350 kilomètres.