L’enfant actif à 6 ans aura de meilleurs bulletins à 12 ans!

  • Forum
  • Le 23 novembre 2018

  • Mathieu-Robert Sauvé
Sauter, courir ou nager à 6 ans, c'est s'assurer un bon bulletin à 12 ans.

Sauter, courir ou nager à 6 ans, c'est s'assurer un bon bulletin à 12 ans.

Crédit : Getty

En 5 secondes

Des chercheurs établissent un lien entre l’activité physique au préscolaire et la réussite à l’entrée au secondaire.

Les enfants de 6 ans qui sont actifs physiquement ont de meilleurs résultats scolaires et une meilleure attitude en classe lorsqu’ils atteignent l’âge de 12 ans, révèle une étude de chercheurs de l’Université de Montréal publiée dans Preventive Medicine. «La différence est significative, tant pour les enfants qui jouent au hockey et au soccer que pour ceux qui vont régulièrement au parc courir, sauter et grimper», mentionne Daniela Gonzalez-Sicilia, étudiante au doctorat à l’École de psychoéducation de l’UdeM. Elle signe l’article avec sa directrice de recherche, Linda Pagani, et le professeur de psychoéducation Frédéric Brière.

Encourager les enfants d’âge préscolaire à être actifs peut les aider à améliorer leurs résultats scolaires à moyen terme «et conduire à des avantages encore plus marqués à long terme», écrivent les auteurs de l’étude.

«Nous avons suivi le parcours de plus de 2000 enfants en transition entre la maternelle et la première année, garçons et filles de différents quartiers urbains et ruraux du Québec. Leur comportement était rapporté par leurs parents. Puis nous les avons retrouvés avant leur entrée à l’école secondaire. Cette fois, ce sont leurs résultats en français et en mathématiques et leur attitude générale dans la classe selon les enseignants qui nous ont servi d’indicateurs», dit Mme Gonzalez-Sicilia.

Si les activités physiques non organisées sont plus courantes chez ces enfants, des cours de natation, de danse, de cirque ou d’arts martiaux sont à l’horaire de plusieurs petits en dehors des heures de classe. Dans l’étude, on a exclu les cours d’éducation physique donnés en milieu scolaire, car ils ne résultent pas d’un choix parental.

Garçons et filles réussissent mieux

Daniela Gonzalez-Sicilia

Crédit : Amélie Philibert

Les chercheurs ont voulu savoir s’il y avait des avantages à faire bouger tant les garçons que les filles compte tenu du fait que, selon la littérature scientifique, les bienfaits de l'activité physique en matière de réussite scolaire sont plus prononcés chez les filles. «Notre objectif n’était pas de comparer garçons et filles, mais plutôt de voir si les deux sous-groupes tirent profit de la même façon des activités physiques», explique la chercheuse. Les résultats «indiquent que l'activité physique peut aider à combler le fossé entre les sexes en matière de réussite scolaire», déclarent les auteurs.

Comparativement à leurs homologues moins actifs, les garçons ont été plus nombreux à obtenir des notes plus élevées en français, ce qui les rapprochait du niveau de performance des filles. Pour les filles, une participation accrue aux activités physiques était associée à une augmentation des notes en mathématiques, ce qui leur permettait d’égaler la performance des garçons. «Par conséquent, cette influence bénéfique se fait sentir sur les chances de réussite au secondaire, les perspectives de carrière et l’adaptation personnelle et sociale des deux sexes, mais différemment.»

Pourquoi avoir choisi de se concentrer sur les âges de 6 et 12 ans? «Parce qu’il s’agit dans les deux cas de périodes transitoires, répond la doctorante. La première correspond à l’entrée au primaire, la seconde à l’entrée au secondaire.»

Une étude longitudinale riche

Les chercheurs ont composé leur échantillon à partir de l’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec, qui a suivi 2837 bébés nés en 1997 et 1998. «La richesse de cette base de données est incroyable», lance Mme Gonzalez-Sicilia, qui a pu isoler les variables qui l’intéressaient pour reconstituer le parcours scolaire d’un nombre important d’enfants à deux périodes de leur développement.

«La différence majeure entre cette génération et les suivantes est l’omniprésence des écrans. Je crois que les enfants d’aujourd’hui sont probablement plus sollicités par la tablette, le téléphone intelligent, YouTube et le reste. À l’époque, il n’y avait guère que l’écran de télévision et quelques jeux vidéos», signale-t-elle.

L’étudiante originaire de México est venue à l’Université de Montréal après l’obtention d’un baccalauréat en psychologie. Sa recherche de maîtrise, sous la direction de Louise Nadeau, a porté sur le jeu pathologique. C’était avec l’intention de poursuivre des travaux de troisième cycle sur ce sujet qu’elle a bifurqué vers l’effet de l’activité physique sur le développement de l’enfant. À son avis, il devrait y avoir encore plus de sensibilisation quant aux bienfaits de l’activité physique.

«Je crois que la société est de plus en plus consciente des effets bénéfiques de l’activité physique sur la santé; on sait qu’elle prévient l’obésité et les maladies cardiovasculaires par exemple. Mais notre étude montre un lien avec la réussite scolaire.»