Des chiffres en colonnes à une matière musicale
Tout commence par un fichier Excel. Des colonnes et des colonnes de chiffres représentant des relevés de température entre 1993 et aujourd’hui à différentes profondeurs, jusqu’à 1,1 km sous la surface. Des données rigoureuses, précises, mais peu engageantes au premier abord qui ont été recueillies dans la communauté inuite de Tasiujaq.
«C’était aride comme point de départ», reconnaît Jean-Michaël Lavoie. Pour Simon Chioini, le défi était là: comment transformer ces chiffres froids qu’on lui avait communiqués en une expérience sensible? «J’ai rapidement écarté l’idée de faire une sonification directe, note par note. Ce genre d’approche aurait engendré un chaos de sons sans signification. Je voulais produire quelque chose de plus intelligible, qui parle à notre oreille humaine», explique le compositeur.
Le doctorant, qui s’intéresse aux changements climatiques depuis de longues années, a donc choisi une approche plus interprétative. Il a étudié les courbes de température comme on observerait une partition graphique, à la recherche de mouvements, de motifs, de «gestes» musicaux. Ce travail minutieux lui a permis de dégager plusieurs tendances marquantes: une instabilité accrue à la surface, des seuils critiques franchis en profondeur et, surtout, une progression lente, mais constante du réchauffement.