Noël est-il propice aux conflits?

  • Forum
  • Le 8 décembre 2014

  • Dominique Nancy

En 5 secondes

«Lorsque ça va mal, la période des fêtes n'arrange rien. Il faut tolérer le frère ou l'oncle détestables sans compter la surcharge de travail qu'occasionne l'organisation d'une réception»

Alors que la période des fêtes «devrait» en principe être l'une des plus heureuses, elle se révèle un supplice pour certains.

Au point que, chaque année, à ce moment-ci, les hôpitaux psychiatriques sont bondés et que les lignes d'écoute téléphonique pour les personnes en difficulté sont saturées. Le film Le père Noël est une ordure met en lumière cette dure réalité.

«Lorsque ça va mal, la période des fêtes n'arrange rien. Il faut tolérer le frère ou l'oncle détestables sans compter la surcharge de travail qu'occasionne l'organisation d'une réception», explique le psychologue John Wright, spécialiste en thérapie conjugale. Des conflits dans les couples en difficulté surviennent souvent entre Noël et le jour de l'An. «Si les partenaires n'ont pas une bonne communication et que le partage des tâches n'est pas équilibré, les tensions sont inévitables», dit-il.

Professeur retraité depuis 2011, John Wright a enseigné pendant 33 ans au Département de psychologie de l'Université de Montréal, où il a participé à la création du Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles. Il a exercé à l'UdeM un rôle de premier plan dans l'essor de la recherche et l'élaboration des programmes de formation en psychologie clinique du couple.

Selon lui, Noël, le jour de l'An et la Saint-Valentin sont propices aux ruptures amoureuses. Aucune étude scientifique ne le confirme, mais son expérience clinique en témoigne. «Les nouvelles demandes en thérapie conjugale dans les cliniques spécialisées atteignent leur plus haut sommet entre décembre et janvier», constate-t-il. Qui a envie de consacrer temps et énergie à la famille de son conjoint et de faire semblant que le couple va bien alors que la dynamique est tout autre? Certaines personnes préféreront opter pour la rupture. M. Wright observe le même phénomène à la naissance d'un enfant. «Au lieu de consolider la relation, la présence d'un bébé peut amplifier les tensions chez les couples déjà aux prises avec des problèmes conjugaux.» À son avis, l'accumulation des conflits non réglés risque à la longue de miner les côtés positifs d'une relation et de conduire les conjoints à penser à la séparation.

Cela vaut également pour les relations familiales. Les repas de famille sont souvent le moment où les non-dits et les problèmes étouffés pendant de longues années éclatent au grand jour, parfois aggravés par les excès d'alcool et la fatigue accumulée. Résultat? Une soirée qui avait si bien commencé se termine en chicanes et poussent les invités à partir plus tôt que prévu.

Pour éviter que le repas de Noël vire au cauchemar, M. Wright recommande de réduire le stress en partageant les tâches. Prévenir les membres de sa famille que les sujets tabous ou tendancieux ne devraient pas être abordés pendant la soirée est aussi une possibilité. Si, malgré tous vos efforts, il y a des accrochages ou des propos inappropriés au sein du couple ou encore avec la sœur et la belle-mère, essayez de rester calme et de prendre du recul. «L'escalade doit être évitée à tout prix, mentionne M. Wright. Cela demande une certaine maturité, mais l'idée est de faire comprendre aux invités que le moment ne convient pas pour régler des comptes.»

À quoi bon s'énerver alors qu'une nouvelle et belle année va bientôt commencer?

Dominique Nancy

(Illustration : Benoît Gougeon)