Une maladie sexiste
La détresse psychologique ne frappe toutefois pas les hommes et les femmes de manière égale. Déjà, dans les années 70, une étude indiquait que les femmes étaient plus sujettes aux problèmes de santé mentale que les hommes, notamment parce qu’elles étaient confinées dans le rôle peu reconnu et souvent frustrant de femme au foyer. Les hommes pouvaient être valorisés par leur travail à l’extérieur de la maison.
Près de 45 ans plus tard, ces inégalités de sexe subsistent. D’après l’étude SALVEO, plus de 26 % des travailleuses disent éprouver de la détresse psychologique. Chez les travailleurs, la proportion tourne autour de 21,5 %.
Cet écart n’est pas sans faire réagir Jaunathan Bilodeau, qui vient de terminer sa thèse de doctorat en sociologie sur le sujet à l’Université de Montréal. Il explique ces inégalités par le fait que les femmes seraient d’abord davantage soumises aux contraintes liées à la famille et compteraient moins sur les ressources pour les aider que les hommes. «Le travail interférerait donc plus souvent avec leurs responsabilités familiales, ce qui contribuerait à une plus grande détresse psychologique», mentionne-t-il. De plus, lorsque des problèmes touchent les enfants, les mères seraient plus vulnérables que les pères si ces problèmes débordent sur le travail. Plus bas dans la hiérarchie, les femmes auraient aussi moins de choix que les hommes dans la manière d’exécuter leur travail. Enfin, le jeune chercheur souligne que la monoparentalité, davantage associée aux femmes qu’aux hommes, est un autre facteur qui peut augmenter la détresse psychologique.
Mais la situation n’est pas plus rose du côté des hommes. «Lorsque la famille empiète sur le travail et que quelque chose ne va pas bien, les femmes répondent d’ordinaire par la détresse psychologique, alors que les hommes vont plutôt tomber dans la consommation d’alcool», note M. Bilodeau.