Un outil de recherche scientifique
Doctorant au Département de science politique de l’Université de Montréal sous la direction de Ruth Dassonneville, Nadjim Fréchet a été recruté au sein de l’équipe de développement du Datagotchi par celui qui a été son directeur de maîtrise à l’Université Laval, le politologue Yannick Dufresne.
Spécialiste des méthodes quantitatives, Nadjim Fréchet avait pour mandat d’entraîner les algorithmes de l’application Web. «Au début, nous avons testé nos modèles avec quelques répondants, puis les algorithmes vont évoluer au fur et à mesure qu’ils apprennent à coupler les éléments de style de vie aux probabilités de voter pour un parti», dit-il.
Mais d’où vient l’idée d’amalgamer le style et les habitudes de vie aux intentions de vote?
«L’application est un outil de recherche scientifique dont la réflexion théorique découle d’une école de pensée qui a vu le jour à l’Université Columbia, aux États-Unis, selon laquelle les marqueurs identitaires liés à la socialisation ont une influence sur les intentions de vote et croyances politiques des électeurs, explique le doctorant natif de Québec. Il n’y a pas de relation causale directe entre, par exemple, notre café favori ou notre style vestimentaire et notre vote: ce sont plutôt des indicateurs de socialisation, d’une sous-culture à laquelle on appartient.»
Comparativement à la Boussole électorale de Radio-Canada, qui répartit les répondants selon leurs affinités quant à différents enjeux ou promesses mis de l’avant par les partis, le Datagotchi est un outil de recherche scientifique qui est appelé à évoluer au fur et à mesure que le nombre de participants augmentera.
«À la fin du jeu, il est possible de revenir en arrière et de changer ses réponses pour constater l’effet des différentes habitudes de vie sur la probabilité de voter pour chacun des partis, souligne Nadjim Fréchet. L’exercice permet ultimement de sensibiliser les gens à l’importance de réfléchir aux données personnelles qu’ils donnent en répondant à différents questionnaires.»
Il poursuit: «Par exemple, ce n’est pas le fruit du hasard si Stephen Harper a choisi les Tim Hortons, en 2015, pour donner des points de presse et serrer les mains des électrices et électeurs: les données recueillies en amont par son équipe auprès de la population montraient que cette chaîne de restaurants-minute était prisée par l’électorat conservateur.»