Montrer les traces de la loi d’exclusion des Chinois
«Un Chinois tente de se suicider», «Un Chinois se pend: la police perplexe devant ce suicide», «Un Chinois de la ville de St-Tite s’ouvre la gorge avec un fer rouge». À l’entrée de la salle du Carrefour des arts et des sciences, plusieurs reproductions de coupures de journaux datant de l’entre-deux-guerres témoignent des conséquences dramatiques de la Loi d’immigration chinoise, en vigueur de 1923 à 1947. Aussi connue sous le nom de «loi d’exclusion des Chinois», elle obligeait les personnes d’origine chinoise résidant au Canada à s’enregistrer et imposait des restrictions draconiennes à l’immigration, rendant pour ainsi dire impossibles les regroupements familiaux.
«Ces coupures de presse illustrent la charge émotionnelle que cette loi a infligée aux immigrants. Ils vivaient avec l’idée qu’ils ne reverraient peut-être jamais leur famille, qu’ils ne pourraient jamais les faire venir au Canada. Ils étaient condamnés à une solitude à vie, sans savoir quand cela prendrait fin», explique Parker Mah.
Un documentaire projeté met en lumière les conditions de vie de ces hommes chinois contraints de vivre seuls, séparés de leurs proches. À côté, de nombreux fac-similés de certificats administratifs permettent de découvrir l’histoire individuelle d’immigrants. Comme celle de Choy Lee, qui s’est installé à Montréal en 1917 et qui, à cause du racisme antichinois qui était omniprésent, a eu des difficultés à trouver du travail et dont la famille n’a pu être réunie en raison de Loi d’immigration chinoise.
Cette loi remplaçait une taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois qui a permis au gouvernement canadien d’amasser 2,3 M$ de l’époque. «En 1885, les immigrants chinois devaient payer 50 $ pour entrer au Canada. Cette somme a rapidement augmenté, atteignant 100 $ en 1902, puis 1500 $ en 1903. Cela représentait un fardeau énorme, équivalant à deux ou trois années de salaire pour un travailleur d’alors, juste pour avoir le droit d’entrer au pays», raconte Parker Mah. Cette politique a entraîné une pauvreté intergénérationnelle au sein de la communauté chinoise que montre l’exposition.
Mais celle-ci fait aussi voir des histoires de réussite et de résilience, comme celles d’entreprises montréalaises emblématiques telles que Wing Lung Co. qui ont permis à des familles chinoises de s’établir au Canada en contournant la loi sur l’immigration.