Donner une âme artistique au code
Pourquoi enseigner l’art algorithmique? «J’utilise l’art comme outil de vulgarisation scientifique. C’est un moyen puissant de rendre les savoirs accessibles, de sortir le logiciel de son invisibilité», explique Benoit Baudry, qui est coresponsable du Groupe de recherche sur les systèmes ouverts et distribués et l’expérimentation dans les logiciels. Auparavant, il a travaillé pendant cinq ans en Suède avec des artistes en résidence pour concevoir des installations interactives rendant le code tangible. À Montréal, une ville où les arts numériques s’épanouissent, l’occasion était parfaite pour donner un cours mêlant informatique et histoire de l’art.
L’objectif est double: montrer aux étudiantes et aux étudiants en informatique qu’ils peuvent coder pour créer de l’art et aux artistes qu’ils peuvent enrichir leur démarche avec différents logiciels libres. «On sait qu'on fait du code pour la défense, pour les télécommunications, pour le Web, mais pas forcément pour l'art. Il existe pourtant tout un pan de l’informatique voué à l’art, encore largement méconnu dans les cursus classiques», souligne le professeur.
Mais qu’est-ce que l’art algorithmique au juste? C’est la création d’une œuvre d’art… par l’écriture d’un programme. L’œuvre n’est pas fixe: chaque exécution du code donne lieu à une version unique, imprévisible produite par l’ordinateur. Ce n’est ni une vidéo ni une image enregistrée. On pourrait plus l’assimiler à une performance. «L’artiste conçoit l’algorithme, mais la machine participe à la création. Il y a une forme de cocréation, une perte de contrôle volontaire. Dans cette démarche, il y a l’idée que l'artiste ne sait pas tout, il n'est pas Dieu sur terre!» dit Benoit Baudry.
Historiquement, cette approche artistique précède même l’ère numérique. Véra Molnar, pionnière de l’art génératif, créait déjà des œuvres à partir de règles aléatoires avant l’invention des ordinateurs. Aujourd’hui, cet héritage s’inscrit dans une modernité où le code devient pinceau.