Une approche mixte pour comprendre les dynamiques du système
Plus largement, l’équipe de recherche a adopté une approche combinant des données qualitatives et quantitatives en menant 80 entretiens semi-structurés avec des acteurs clés du système, soit 30 agents correctionnels, 18 travailleurs de maisons de transition, 33 personnes emprisonnées et 11 membres de la Commission québécoise des libérations conditionnelles.
Ces entretiens ont été complétés par 67 jours d’observation dans quatre établissements carcéraux, où une étudiante chercheuse a assisté à des réunions entre des agents correctionnels et des personnes détenues afin de comprendre les interactions quotidiennes et le processus de libération ainsi que les défis qui l’entourent.
Sur le plan quantitatif, une base de données portant sur 3161 personnes admissibles à la libération conditionnelle, entre 2014 et 2015, a été examinée.
«Nous avons analysé les scores de risque, les recommandations des agents correctionnels et les décisions sans appel de la Commission et cette méthodologie nous a permis de croiser les perspectives des différents acteurs et de mettre au jour les divergences dans leurs perceptions du risque», mentionne Chloé Leclerc.
Par exemple, l’étude a révélé que 90 % des détenus recommandés pour la libération conditionnelle sont à faible risque de récidive, tandis que 65 % de ceux qui y renoncent sont à haut risque. «Ces chiffres montrent clairement que le système favorise les cas les moins complexes, au détriment des personnes incarcérées qui auraient le plus besoin de soutien», note la chercheuse.