Le lien humain pour prévenir la récidive

En 5 secondes Chez les hommes ayant commis des abus sexuels infantiles, la qualité du lien avec le thérapeute serait le facteur clé pour réduire la récidive, révèle une étude.
L’alliance thérapeutique désigne la qualité du lien qui se construit entre une personne en traitement et son thérapeute.

Depuis les années 1980, plusieurs travaux se sont penchés sur l’efficacité des traitements offerts aux auteurs d’abus sexuels infantiles. Ces études ont notamment exploré les programmes de réhabilitation, le rôle des cliniciens et les facteurs associés à la récidive. Or, la manière dont ces facteurs interagissent et influencent la récidive à la suite d’un traitement restait floue.  

Dans une récente étude, le chercheur postdoctoral Étienne Garant, supervisé par Tamsin Higgs, professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal, a voulu combler cette lacune en s’intéressant aux facteurs déterminants dans l’absence de récidive après le traitement. 

Et la qualité de la relation entre la personne suivie et son thérapeute est ressortie comme l’élément central dans l’efficacité du traitement. 

Des pensées à déconstruire

L’étude concerne un échantillon de 140 hommes qui avaient commis des abus pédosexuels et qui ont été suivis pendant une période de récidive potentielle de cinq à huit ans. Tous les participants avaient eu accès à un traitement durant leur incarcération, puis l’avaient poursuivi sous la forme de rencontres de groupe en milieu communautaire après leur libération, souvent dans le cadre de conditions imposées par leur libération conditionnelle. 

Étienne Garant a d’abord analysé les distorsions cognitives avant et après le traitement. Ces distorsions correspondent à des croyances ou des raisonnements erronés qui peuvent servir à justifier le passage à l’acte, par exemple minimiser la gravité du geste, déplacer la responsabilité sur la victime ou banaliser les conséquences de l'abus. 

Selon l’étude, à la fin du traitement, ces distorsions étaient moins présentes chez les participants qu’au départ. 

Le chercheur a ensuite voulu savoir ce qui expliquait ce changement et s’est penché sur trois facteurs potentiels: la motivation à l’égard du changement, le climat de groupe et l’alliance thérapeutique. Et c’est cette dernière qui semble significative. 

Une approche humaniste 

L’alliance thérapeutique désigne la qualité du lien qui se construit entre une personne en traitement et son thérapeute: confiance, écoute, sentiment de collaboration, ouverture à la rétroaction, capacité à recevoir les commentaires sans se sentir attaqué. 

Dans cette étude, cette composante a été mesurée à l’aide d’un outil psychométrique reconnu, le CALPAS (pour California Psychotherapy Alliance Scale), composé de 24 questions. Les participants devaient eux-mêmes évaluer différents aspects de leur relation avec leur thérapeute, comme la qualité du lien, leur réceptivité aux interventions, leur perception du soutien reçu. 

«Cela ne signifie pas de minimiser la gravité des actes perpétrés, nuance Étienne Garant. Le crime demeure très grave. Par exemple, la majorité de nos sujets ont commis des infractions intrafamiliales. Mais l’individu a été jugé, il a fait son parcours carcéral, il a suivi un traitement. On se concentre alors sur le potentiel.» 

Déstigmatiser pour prévenir 

Ainsi, une approche humaniste défendue par les intervenants permettrait non seulement de diminuer les distorsions cognitives problématiques, mais aussi de réduire la proportion de récidives. 

Aux yeux d’Étienne Garant, diverses techniques d’intervention peuvent être appliquées pour favoriser l’alliance thérapeutique, comme faire de l'écoute active et recadrer les pensées, ne pas tomber dans une dynamique de confrontation ou de culpabilisation et, surtout, éviter de réduire l’individu à son geste. 

«Pendant longtemps, le discours autour de ces personnes s’est souvent limité à des étiquettes – agresseurs sexuels ou délinquants sexuels. Dans un contexte thérapeutique, cette posture peut nuire à la création du lien et, si un individu est constamment ramené à son infraction, il peut finir par intégrer cette identité comme une fatalité», estime le chercheur. 

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