Le terme incel – contraction de l’anglais involuntary celibate ou célibataire involontaire – est surtout associé aux hommes, mais des femmes vivent une réalité similaire à l’intérieur de forums où elles ont leurs propres codes et où elles expriment leur détresse, convaincues que le regard social sur leur corps détermine leur destin amoureux.
C'est ce phénomène des femcels qu'Alexandra Zidenberg, professeure à l’École de criminologie de l'Université de Montréal, et Brandon Sparks, de l'Université du Nouveau-Brunswick, ont voulu traiter avec rigueur. Leur étude, dont les résultats sont parus dans la revue Personality and Individual Differences, est la première à recueillir des données directement auprès des femmes involontairement célibataires plutôt que de se limiter à l'analyse de forums en ligne.
Une spirale de détresse
L'équipe a recruté 61 femcels et 58 femmes célibataires servant de groupe de comparaison, toutes interrogées à l'aide du questionnaire multidimensionnel sur la sexualité, un outil validé évaluant 12 dimensions du bien-être sexuel sur une échelle de 5 à 25.
Les résultats font voir une détresse profonde et interconnectée. La dépression sexuelle – un sentiment de tristesse ou de découragement axé sur la sphère romantique et sexuelle – constitue la différence la plus prononcée entre les deux groupes: les femcels obtiennent un score moyen de 19,2 sur 25, contre 11,2 pour les autres femmes. «Elles pensent à la sexualité, mais elles ne la savourent pas, explique Alexandra Zidenberg. Donc il y a plus de dépression, d'anxiété, de mauvais sentiments.»
Ce score préoccupant n'est pas isolé. Les femcels affichent aussi une anxiété sexuelle nettement plus élevée (17,0 contre 11,8), largement alimentée par la crainte d'abus de la part des partenaires potentiels – une crainte qui, selon les chercheurs, relève davantage de l'anticipation que du vécu. «Dans les forums, elles parlent des violences sexuelles comme d'une possibilité, mais peu par expérience. C'est une peur», précise Alexandra Zidenberg.