Des dommages bien réels
Dans les deux cas recensés, les patients ne portaient pas de lunettes de protection certifiées. Le trentenaire a observé l’éclipse à travers une fenêtre, sans lunettes, pendant environ 30 secondes. Il présentait 25 jours plus tard une vision floue et avait des taches dans le champ visuel des deux yeux. L’adolescente, elle, a caché son œil droit avec la main et a subi des dommages à l'œil gauche, souffrant de troubles visuels persistants trois mois après l’évènement.
Les examens ont révélé des lésions au centre de la rétine, à la fovéa, zone essentielle à la vision fine. «La rétine, c’est le film qui capture la lumière pour nous permettre de voir. Quand nous regardons le soleil sans protection, les rayons ultraviolets peuvent endommager les photorécepteurs. Souvent, les dommages sont irréversibles, mais leur gravité peut varier selon la durée d'exposition, les conditions météorologiques et la configuration de l'œil du patient», explique Fares Antaki, ophtalmologiste au CHUM.
Si ces deux patients avaient une acuité visuelle presque normale après avoir observé l’éclipse sans protection, les examens ont montré des atteintes structurelles. Chez l’homme, il y a eu «une perte de la zone ellipsoïde avec une organisation en colonnes des fibres de Henle», peut-on lire dans l’étude. Chez la jeune femme, les auteurs de l’article ont noté que «son œil gauche révélait un espace hyporéflectif des couches externes indiquant une perte de l'ellipsoïde et de la zone d'interdigitation». Des séquelles cellulaires donc bien réelles, même si les symptômes restaient relativement légers à court terme. «On sait qu'il y a des séquelles parce que les photorécepteurs ont été endommagés», précise Fares Antaki.