Entre la luge et l'équerre: Anton Jacobs-Webb, athlète paralympique et futur architecte

En 5 secondes Médaillé d'argent aux Jeux paralympiques de Milan-Cortina, le parahockeyeur Anton Jacobs-Webb reprendra ses études d’architecture à l'UdeM en septembre, après une pause pour se consacrer aux Jeux.
Anton Jacobs-Webb

Tout juste avant la mise au jeu initiale de la finale de parahockey olympique contre les États-Unis, Anton Jacobs-Webb parcourait lentement la glace, les yeux levés vers les spectateurs. Le stade était plein à craquer – 12 000 personnes, un record pour un match de parahockey – et, dans les gradins, il reconnaissait des visages: sa mère, son père, son frère, sa conjointe… C’était la première fois que ses proches assistaient à l’un de ses matchs aux Paralympiques.  

«J’étais heureux qu’ils puissent enfin me voir jouer dans une occasion aussi spéciale. J’ai consacré des années d’efforts pour arriver là… c'était vraiment unique», se remémore-t-il. 

L'étudiant en architecture de l'Université de Montréal a gagné une médaille d'argent à Milan-Cortina avec l'équipe du Canada. Et, en septembre, il sera de retour sur les bancs de la Faculté de l'aménagement, bien déterminé à boucler sa dernière année et demie de baccalauréat. 

Des patins à la luge 

Celui qui a grandi à Williamswood, à quelques kilomètres de la capitale de la Nouvelle-Écosse, avant de déménager à Gatineau à 7 ans, a d'abord chaussé des patins à 5 ans comme n'importe quel enfant. Vers l’âge de 11 ou 12 ans, c'est son prothésiste d'Ottawa – qui fabriquait déjà des prothèses pour des joueurs de l'équipe nationale – qui lui a fait connaître le parahockey.  

«Il m’a présenté à un joueur qui m’a remis des photos d'équipe signées et qui m’a invité à venir le voir s’entraîner. Je suis devenu partisan, je regardais les matchs en ligne», raconte-t-il. Il s’est alors joint au club Sledge Hockey of Eastern Ontario et a intégré par la suite l'équipe du Québec. 

La courbe d'apprentissage de la luge – cet équipement à deux lames réglables sur lequel le joueur se propulse à l'aide de deux bâtons munis de pics – a été abrupte pour Anton Jacobs-Webb lorsqu’il a commencé. «Au début, j'étais découragé, je trouvais ça très difficile, confie-t-il. Mais après quelques mois, je suis devenu à l’aise et j’ai vraiment aimé ça.» 

Non seulement il a aimé ce sport, mais il s’y est consacré corps et âme. Puis, à 18 ans, il a été sélectionné par l’équipe nationale!  

La passion d'abord, la discipline ensuite

Pour s'améliorer, Anton Jacobs-Webb a passé des journées entières à faire des lancers dans le garage familial de Gatineau, une feuille de plexiglass sous les rondelles et une épaisse bâche tendue derrière le filet pour protéger le mur. «J’étais investi à cent pour cent, c’est ma passion pour le parahockey qui a été ma source de motivation et qui m’a permis de progresser rapidement», explique-t-il. 

La discipline a suivi naturellement: six ou sept jours par semaine au gym, quatre séances sur glace en saison normale. Et une règle mentale simple pour les matins difficiles, pour celui qui n’est pas friand de l’entraînement en salle: «Dès que tu commences à négocier avec toi-même, tu perds, illustre l’étudiant-athlète. Tu sais que tu dois le faire, donc tu te lèves, puis tu y vas.»  

Une philosophie que le jeune homme n'a pas apprise d'un entraîneur ou dans un livre: «J'ai juste arrêté de négocier avec moi-même. Ça ne sert à rien!» déclare-t-il. 

Une malformation et six opérations 

Né avec une déficience fémorale focale proximale, une malformation congénitale, Anton Jacobs-Webb a subi six chirurgies, dont une intervention majeure à l'âge de 12 ans appelée procédure de Van Ness. «C’est ce qui a permis de faire agir mon pied gauche comme un genou, indique-t-il. J'utilise l'articulation de la cheville à la place du genou.» Depuis, il marche ainsi avec une prothèse. 

À cet égard, il tient à souligner le rôle important que jouent les Amputés de guerre du Canada, qui l'accompagnent depuis l'enfance et qui ont notamment financé sa première luge. «Ils payent les prothèses de sport et tout ce qui est en extra. C'est ça qui permet aux jeunes handicapés de pratiquer les sports qu’ils veulent», dit-il avec gratitude. 

Futur architecte à temps partiel, athlète à temps plein

Anton Jacobs-Webb a d'abord étudié en génie mécanique à l’Université Concordia, mais il trouvait le programme trop éloigné de la création. L'architecture lui semblait offrir l'équilibre qu'il cherchait, «un peu comme la conscience spatiale développée sur la glace, cette capacité à lire le jeu et à trouver les zones libres». 

À son arrivée à l'UdeM en 2022, il lui a fallu s’entendre avec la faculté sur un parcours à temps partiel, une situation qui ne s'était jamais vue en architecture. L'appui des Carabins, notamment par l'entremise de Gina Kingsbury, ex-joueuse de l'équipe nationale féminine de hockey, a facilité les discussions. «L'administration était vraiment surprise, mais on a trouvé un aménagement ensemble», assure-t-il. 

Sa stratégie à long terme consiste à se consacrer davantage à ses études en début de cycle olympique pour se libérer mentalement à l'approche des Jeux. «C'est sûr que c'est du travail, admet-il. Mais l’architecture, c’est quelque chose que j'aime beaucoup aussi.» 

Milan-Cortina, la véritable expérience 

À Beijing en 2022, les gradins étaient quasi vides en raison des restrictions sanitaires. «Il y avait bien quelques milliers de spectateurs, mais ils ne connaissaient pas le hockey – ils applaudissaient lorsqu’il y avait un dégagement!» déplore Anton Jacobs-Webb.  

Il en rit aujourd'hui, mais il n’y avait pas d'ambiance. À Milan-Cortina, c'était autre chose: sa famille était dans les gradins, il y avait un record d'assistance et, pour la première fois, il vivait la pleine expérience des Jeux paralympiques.  

Bien que la médaille d'or ait échappé aux Canadiens, il retient surtout ce moment sur la glace, avant la mise au jeu, à regarder le stade rempli. «J'étais bien préparé, alors j'ai pu relaxer et savourer tout ce qui se passait», ajoute-t-il. 

Depuis son retour des Jeux, Anton Jacobs-Webb est en pause. Il cherche un stage en architecture pour l'été, histoire de goûter au métier. En septembre, il suivra cinq cours à temps plein et recommencera graduellement à s'entraîner. Il a dans sa mire les Jeux de 2030, sans se fermer de portes. 

«Je vais continuer tant que je suis capable d'équilibrer les deux et que j'aime encore le hockey», conclut celui qui, dès cet automne, troquera la luge et ses bâtons contre la règle et le compas. 

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