L’Anthropocène décortiqué

En 5 secondes Un nouveau livre, cosigné par la professeure Julie Talbot, propose une réflexion sur l’Anthropocène.
Couches de grès

Décrit comme l’ère de l’humain, l’Anthropocène désigne une époque marquée par les effets sur la planète des activités auxquelles il se livre. «Le discours sur l’Anthropocène est centré en ce moment sur l’aspect géologique. Dans mes cours, je l’abordais de façon classique, soit sous l’angle de la délimitation des temps géologiques. Mais peut-on voir ça autrement?» s’est demandé Julie Talbot, professeure au Département de géographie de l’Université de Montréal. 

C’est par hasard que la professeure a rencontré Alexandre Klein, professeur au Cégep André-Laurendeau, qui étudiait aussi l’Anthropocène, mais sous l’angle de la philosophie. Au fil de leurs discussions, ils décident de concevoir un cours interdisciplinaire et critique sur l’Anthropocène. «D’où vient ce concept? Vivre dans un tel monde a quelles implications?» s’interroge celle qui commence alors à s’intéresser aux perspectives des sciences sociales sur la question. 

Après un séminaire pour les cycles supérieurs et un colloque à l’Acfas, c’est aujourd’hui un livre qui ressort de cette collaboration. «Le cours Perspectives critiques sur l’Anthropocène, qui n’a été donné qu’une seule fois à l’UdeM, a suscité des discussions et des réflexions stimulantes», raconte-t-elle. Par la suite, des membres du comité éditorial de la collection Le monde en poche des Presses de l’Université de Montréal, qui avaient entendu parler du cours, ont suggéré à la professeure de participer à leur plus récent appel de propositions. 

Avec Alexandre Klein, Julie Talbot signe donc Le monde en Anthropocène, un ouvrage qui porte un regard interdisciplinaire sur ce thème de l’heure. «J’ai trouvé vraiment intéressant qu’une collection portée par le CÉRIUM [Centre d’études et de recherches internationales de l’UdeM], davantage axée sur la science politique, nous publie. Ça reconnaît les répercussions de ces changements sur les politiques et les relations entre les pays», dit-elle.

Dialogue interdisciplinaire

Le livre est construit comme un dialogue entre les perspectives de la géographe et celles du philosophe, alternant entre explications et réflexions. «C’est plus large que mes recherches, qui touchent en partie à la reconstruction des environnements passés et à la qualification des effets humains sur les écosystèmes», explique Julie Talbot. 

L’ouvrage examine d’abord les définitions de l’Anthropocène et revient sur l’historique de la construction de ce concept, avant d’aborder le débat entourant la désignation de l’époque géologique. «Il n’y a pas de consensus sur le moment où débuterait l’Anthropocène, qui n’a par ailleurs pas été reconnu comme une époque par les géologues», rappelle-t-elle.

Les auteurs explorent ensuite la façon dont l’humain a fondamentalement changé le fonctionnement du système planétaire. Un autre chapitre se penche sur la remise en question de l’universalité du concept d’Anthropocène. «Plusieurs historiens, géographes ou anthropologues ont observé que ce ne sont pas tous les humains qui sont responsables de ces changements profonds et mis en lumière un grand déséquilibre entre les personnes qui causent ces perturbations et celles qui en subissent les contrecoups», note-t-elle. 

Poursuivre la conversation

Après avoir examiné les manifestations très concrètes de cette nouvelle ère dans nos vies (modification des précipitations, augmentation des feux de forêt et des évènements climatiques extrêmes, etc.), le livre comporte un dernier chapitre plus philosophique. «Comment, maintenant, vivre dans cette époque et faire face à ces conséquences, pour le meilleur et pour le pire?» se questionne la professeure.

Si l’ouvrage est destiné au grand public, les conversations doivent également se poursuivre dans le milieu scientifique. «Plusieurs chercheurs des sciences naturelles croient que l’Anthropocène est un concept géologique, dans lequel les sciences sociales n’ont rien à faire», remarque Julie Talbot. Mais pour la géographe, c’est tout l’inverse: «Si notre objectif est de régler des problèmes, nous ne pouvons pas travailler en silo», conclut-elle.

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