Laurence Deschamps-Laporte dans le Top 40 Under 40

En 5 secondes Laurence Deschamps-Laporte, professeure et directrice scientifique du CÉRIUM, a été sélectionnée dans le Top 40 Under 40 au Canada.
Laurence Deschamps-Laporte, professeure au Département de science politique de l'Université de Montréal

Laurence Deschamps-Laporte figure dans le Top 40 Under 40 de Caldwell, un cabinet de recrutement de cadres basé à Toronto qui sélectionne annuellement 40 personnalités exceptionnelles de moins de 40 ans. La professeure, chercheuse et directrice scientifique du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM), qui a auparavant travaillé dans le privé et auprès de différents ministres des Affaires étrangères du Canada, se démarque par son parcours diversifié.

«J’ai travaillé dans plusieurs secteurs, ce qui est atypique pour quelqu’un avec un parcours universitaire semblable au mien associé souvent à une carrière de professeur», indique la femme de 38 ans qui a fait sa maîtrise en développement international et son doctorat sur la politique du Moyen-Orient à l’Université d’Oxford grâce à une bourse Rhodes.

Saisir et créer des occasions

L’Angleterre était toutefois loin d’être le premier séjour à l’étranger de Laurence Deschamps-Laporte, qui a toujours saisi les occasions d’enrichir son bagage de connaissances.

«Au secondaire, j’ai participé à un échange avec une élève allemande, raconte celle qui a grandi dans Lanaudière. J’ai aussi été au pair en Pologne et j’ai fait un stage de coopération internationale au Nicaragua avec Québec sans frontières.»

Si ses parents l’ont toujours soutenue dans ses projets, elle devait cependant se débrouiller pour trouver les fonds nécessaires à leur réalisation. C’est donc naturellement qu’elle s’est mise, alors qu’elle étudiait au Cégep de Lanaudière à L’Assomption, à envoyer sa candidature à divers programmes de bourses d’excellence du Québec, dont certains avaient des partenaires internationaux. Elle en a finalement décroché une qui l’a menée à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (UNC-Chapel Hill) pour entreprendre un baccalauréat en études internationales.

«La particularité de ces grandes universités américaines, c’est leur approche liberal arts, qui m’a beaucoup plu, affirme-t-elle. C’est très multidisciplinaire. Pour obtenir son baccalauréat, il faut suivre des cours dans plusieurs domaines. Par exemple, j’en ai choisi en sculpture, en langue et culture arabes et en droit islamique.»

Elle a même réussi à aller étudier à Damas à la faveur d’un échange de six mois. «Comme Canadienne, j’ai convaincu UNC-Chapel Hill de me laisser y aller alors qu’il n’y avait pas de programme en place entre les deux universités, dit-elle. À l’époque, c’était très difficile pour les Américains d’entrer en Syrie.»

Des expériences de travail variées

Si, tout au long de ses études, Laurence Deschamps-Laporte a marché dans des chemins peu empruntés, elle a continué sur cette voie une fois son doctorat obtenu. «J’aimais le monde universitaire, mais j’avais envie de vivre différentes expériences», se souvient-elle.

De retour à Montréal, elle s’est fait embaucher par la firme de consultation McKinsey, puis par Affaires mondiales Canada, où elle a travaillé de près avec trois ministres successifs, soit Stéphane Dion, Chrystia Freeland et François-Philippe Champagne.

«Je les ai soutenus dans les dossiers de politique étrangère et je les accompagnais dans les grandes rencontres diplomatiques, illustre-t-elle. J’ai adoré ça, mais, à un moment donné, j’ai eu envie de recommencer à faire des recherches plus en profondeur sur certains dossiers. J’ai senti que ma place était peut-être finalement dans le monde universitaire.»

Une carrière universitaire riche

Laurence Deschamps-Laporte est arrivée à l’Université de Montréal en 2021 comme professeure invitée et, l’année suivante, elle est devenue professeure adjointe et directrice scientifique du CÉRIUM. Son expérience auprès de ministres lui a donné une perspective distinctive pour cette fonction.

«Je sais à quel point les chercheurs et les chercheuses peuvent avoir de l’influence, témoigne-t-elle. Je souhaite que le CÉRIUM permette aux organisations concernées par les questions internationales, que ce soit dans le privé ou dans le public, de trouver facilement l’expertise pour les éclairer sur divers enjeux.»

Elle souhaite aussi que les chercheuses et les chercheurs prennent davantage leur place dans la sphère publique. Le CÉRIUM travaille d’ailleurs à les préparer à jouer ce rôle. «Il y a peu de groupes de réflexion au Canada qui tentent d’influencer les politiques publiques, remarque-t-elle. Il manque aussi de moyens pour envoyer des journalistes à l’étranger. Ça crée un certain manque dans l’écosystème qui augmente la responsabilité des chercheurs et chercheuses qui ont des sources premières sur le terrain dans des endroits comme l’Afghanistan et le Soudan. Leur expertise peut permettre un dialogue dans la société sur ce qui s’y passe.»

En parallèle, elle continue ses propres recherches, notamment sur le tournant féministe qu’a pris la politique étrangère du Canada il y a une dizaine d’années. «Une douzaine de pays ont fait la même chose, mais je compare ce qui s’est passé au Canada et au Mexique», précise-t-elle.

Laurence Deschamps-Laporte se penche aussi sur les nouvelles armes qui voient le jour avec l’intelligence artificielle. Elle a d’ailleurs effectué cet été une résidence de recherche au Stockholm International Peace Research Institute, en Suède.

«Dans cette ère d’armement, je m’intéresse à la façon dont on pourrait encadrer cette réalité avec un traité international, explique-t-elle. L’idée est née du mouvement de désarmement nucléaire né après la Deuxième Guerre mondiale, qui a beaucoup été porté par les femmes parce qu’elles voyaient que les tests nucléaires affectaient leurs enfants. J’analyse les réflexions suscitées à cette époque pour voir comment elles pourraient servir dans le contexte des armes produites aujourd’hui.»

Visiblement, le jour n’est pas venu où Laurence Deschamps-Laporte rangera sa valise. Reste à voir jusqu’où sa soif de vivre différentes expériences la mènera. 

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