Les personnes atteintes du VIH sont-elles plus à risque de troubles cardiovasculaires?

  • Forum
  • Le 30 août 2019

  • Martin LaSalle
Des études en cours tendent à montrer que certains problèmes médicaux liés au vieillissement – dont l’athérosclérose – apparaissent plus tôt et seraient plus graves chez les individus infectés par le VIH.

Des études en cours tendent à montrer que certains problèmes médicaux liés au vieillissement – dont l’athérosclérose – apparaissent plus tôt et seraient plus graves chez les individus infectés par le VIH.

Crédit : Getty

En 5 secondes

Des études par imagerie menées au Centre de recherche du CHUM tendent à démontrer que les personnes infectées par le VIH seraient plus à risque d’être atteintes de troubles cardiovasculaires.

Grâce à la nouvelle génération de médicaments antirétroviraux, les personnes atteintes par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) ont désormais une espérance de vie prolongée, sans que leur état évolue vers le syndrome d'immunodéficience acquise (sida).

Toutefois, des études en cours effectuées au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) au moyen de différentes méthodes d’imagerie tendent à montrer que certains problèmes médicaux liés au vieillissement – dont l’athérosclérose – apparaissent plus tôt et seraient plus graves chez les individus infectés par le VIH.

Au sein de diverses équipes multidisciplinaires, des chercheurs et spécialistes du CRCHUM s’affairent à découvrir les mécanismes à l’origine de ces troubles cardiovasculaires chez ces patients afin de trouver de nouvelles avenues de traitement.

Ensemble, ils contribuent à une étude de cohorte prospective dirigée par les Dres Madeleine Durand, interniste et épidémiologiste, et Cécile Tremblay, microbiologiste et spécialiste du VIH. Amorcée en 2011, cette large étude clinique menée à travers le pays s’intitule «Cohorte canadienne VIH et vieillissement = Canadian HIV and Aging Cohort Study» ou CHACS. Elle regroupe 850 participants qui vivent avec le VIH et 250 sujets témoins.

Athérosclérose plus fréquente et plus précoce

Carl Chartrand-Lefebvre et Madeleine Durand

Chargés d’analyser des images obtenues par tomodensitométrie dans une sous-cohorte de la CHACS composée de 265 participants, le Dr Carl Chartrand-Lefebvre et son équipe ont constaté que le volume des dépôts de substance graisseuse (ou plaques athérosclérotiques) semble plus important dans les parois des artères coronariennes chez les personnes touchées par le VIH en comparaison de celles non infectées par le virus.

«Il semble que le volume de plaques athérosclérotiques exemptes de calcium visible à l’imagerie est plus grand chez les individus contaminés par le VIH que chez ceux qui ne le sont pas», précise le radiologiste et chercheur du CRCHUM.

L’étude d’imagerie qu’il dirige à l’intérieur de la CHACS s’est déroulée au cours des cinq dernières années au moyen d’un tomodensitomètre multidétecteur synchronisé à l’électrocardiogramme obtenu chez les participants. L’équipe de recherche, dont fait aussi partie le Dr Samer Mansour, cardiologue au CHUM et chercheur au CRCHUM, évalue également la portée clinique immédiate et à plus long terme de ces données d’imagerie.  

«En tomodensitométrie, l’étendue de la densité des plaques coronariennes peut être très large, indique le Dr Chartrand-Lefebvre. Les plaques repérées doivent d’abord être classées selon qu’elles sont calcifiées, c’est-à-dire très denses, ou non calcifiées.»

Une analyse réalisée par les étudiantes Irina Boldeanu et Manel Sadouni montre que les plaques non calcifiées ont un volume significativement plus important chez les individus vivant avec le VIH et soumis à la thérapie antirétrovirale par comparaison avec les sujets témoins. Selon le Dr Chartrand-Lefebvre, la plaque coronarienne non calcifiée pourrait donc représenter «un substrat anatomique pouvant expliquer l’incidence accrue d’infarctus du myocarde dans la population des personnes infectées par le virus».

Les résultats obtenus dans cette sous-cohorte permettront de choisir les caractéristiques des plaques à cibler lors de prochaines études entreprises dans le cadre de la CHACS.

«Un objectif à moyen terme sera d’évaluer, dans une seconde série d’examens par tomodensitométrie, de quelle façon vont évoluer les plaques calcifiées et non calcifiées après quelques années de suivi chez les participants atteints du VIH comparativement aux participants sains», mentionne le chercheur.

D’autres études menées à l’intérieur de la CHACS

Quatre autres études par imagerie sont menées simultanément à l’intérieur de la CHACS.

L’une porte sur la graisse épicardique, c’est-à-dire la graisse entourant le cœur. Elle est effectuée par des étudiants de l’Université de Montréal, soit Manel Sadouni (doctorante en sciences biomédicales), Marie Duquet-Armand (résidente en radiologie), Ghaiss Alkeddeh (étudiant en sciences biomédicales) et Sandrine Boucher (étudiante en médecine).

De leur côté, les membres de l’équipe du professeur Guy Cloutier et du Dr Gilles Soulez évaluent par élastographie la plaque carotidienne des participants de la cohorte d’imagerie.

De même, une évaluation de l’inflammation de la paroi de l’aorte thoracique – au moyen de la tomographie à émission de positrons – sera dirigée par le professeur Jean DaSilva et le nucléiste Daniel Juneau.

Enfin, l’étudiante en médecine Lynda Kadi s’intéresse dans son projet de recherche à la relation entre les paramètres psychologiques des participants contaminés par le VIH et ceux non touchés par le virus et les paramètres quantitatifs de la plaque coronarienne recueillis par tomodensitométrie.

L’ensemble des données d’imagerie novatrices obtenues dans ces études sont partagées avec cinq laboratoires d’immunologie de trois universités, soit l’UdeM, l’Université du Québec à Montréal et l’Université McGill.

Ces travaux sont financés par les Instituts de recherche en santé du Canada, les National Institutes of Health (États-Unis), le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS), le Réseau de bio-imagerie du Québec du FRQS, le Réseau sida et maladies infectieuses du FRQS ainsi que le Programme de support professoral du Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire de l’UdeM.

  • Ces images de tomodensitométrie montrent un rétrécissement d’une artère coronaire chez un individu atteint du VIH, causé par une plaque d’athérosclérose non calcifiée.

    Crédit : Carl Chartrand-Lefebvre
  • Images du coeur d'un homme de 51 ans qui vit avec le VIH, suit une thérapie antirétrovirale et est asymptomatique sur le plan cardiovasculaire. La tomodensitométrie avec contraste intraveineux et synchronisation à l’électrocardiogramme montre une plaque d’athérosclérose non calcifiée de l’artère coronaire droite (A). Après traitement des images avec une plateforme quantitative 3D avancée, on obtient le volume total de la plaque (B, C).

    Crédit : Carl Chartrand-Lefebvre