L’ONU tarde à décoloniser 17 territoires

  • Forum
  • Le 18 octobre 2019

  • Mathieu-Robert Sauvé
Il reste encore 17 colonies dont la plupart sont de dimension modeste, voire minuscule comme Gibraltar, située au sud de la péninsule ibérique, avec une superficie de 6,8 km2.

Il reste encore 17 colonies dont la plupart sont de dimension modeste, voire minuscule comme Gibraltar, située au sud de la péninsule ibérique, avec une superficie de 6,8 km2.

Crédit : Getty

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Flora Pidoux consacre sa thèse de doctorat au rôle du Secrétariat de l’ONU dans le processus inachevé de la décolonisation.

Les images de la colonisation qui nous viennent spontanément à l’esprit ne sont pas très positives. Qu’on pense à la Grande-Bretagne et à son empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais ou à la France, à l’Espagne et au Portugal, qui se sont partagé le monde du 18e au 20e siècle. Les tensions entre l’État occupant et les populations locales ont mené à des luttes sanglantes. À partir de 1960, l’Organisation des Nations unies (ONU) a reconnu le problème et entrepris un processus de décolonisation en adoptant la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux.

Aujourd’hui, il reste encore 17 colonies, qu’on appelle «territoires non autonomes» (la liste figure ci-dessous). La plupart sont de dimension modeste, voire minuscule comme Gibraltar, au sud de la péninsule ibérique, qui a une superficie de 6,8 km2. L’île Pitcairn, dans l’océan Pacifique, ne compte qu’une cinquantaine d’habitants.

Le statut des colonies cause des problèmes bien concrets. À Gibraltar, plusieurs des 35 000 habitants parlent espagnol et occupent un emploi en Espagne, mais leur citoyenneté est britannique et c’est l’Union Jack qui flotte sur les bâtiments gouvernementaux. «Si la Grande-Bretagne quitte l’Union européenne, qu’adviendra-t-il de cette population?» s’interroge Flora Pidoux, qui effectue actuellement des recherches de doctorat sur la décolonisation à l’Université de Montréal.

Petits territoires, grande importance

«Or la décolonisation est un processus inscrit sur la longue durée ‒ toutes les colonies ne disparaissent pas au lendemain de la Déclaration de 1960, écrit Mme Pidoux dans la revue des cycles supérieurs de l’UdeM, Dire. C’est ainsi qu’en 1981 quatre millions de personnes vivaient encore sous domination étrangère.»

Depuis qu’elle se penche sur ce sujet, Flora Pidoux mesure l’hétérogénéité de la gouvernance d’un territoire à l’autre. «La colonisation moderne a plusieurs visages. Dans certains cas, comme aux îles Vierges britanniques, il n’y a aucun mouvement en faveur de l’autodétermination de la population, commente-t-elle. Par contre, les Gibraltariens s’inquiètent de l’issue de la crise du Brexit, comme je le disais, car ils pourraient avoir à subir des procédures transfrontalières chaque fois qu’ils se déplacent.»

Le cas de Montserrat est intéressant, car l’île est sous la menace constante d’un volcan en activité depuis 1997. Une partie de la population, à risque, a dû être déplacée, mais une question s’est posée: ces habitants ont-ils les mêmes droits que les Britanniques de Londres ou sont-ils des citoyens de seconde zone?

L’ONU discrète

Est-ce que l’ONU fait tout ce qu’elle peut pour mettre fin à cette forme d’appropriation des terres éloignées par les grandes puissances? C’est la question qui a poussé Flora Pidoux à entreprendre son doctorat sous la direction de Jean-Philippe Thérien, professeur au Département de science politique de l’UdeM. «Je n’ai pas terminé mes analyses, mais j’ai noté que le secrétaire général de l’ONU mentionne régulièrement ce point dans ses discours. Une dizaine d’États sont devenus autonomes entre les années 60 et 90, mais depuis les gestes concrets se font plus rares.»

Il faut dire que les territoires outre-mer, même petits, peuvent avoir une grande importance stratégique. On peut ancrer des porte-avions au large de leurs côtes ou y construire des bases militaires qui assurent un relais dans une région du monde qui a son importance politique. Sans parler du fait que plusieurs de ces îles sont de véritables paradis… fiscaux.

Étudiante française, Mme Pidoux a fait ses études universitaires en France, en Belgique et au Danemark avant de déposer sa valise à l’Université de Montréal en 2015. C’est à la faveur d’un séjour d’échange dans la métropole en 2012 qu’elle a fait la connaissance de son futur directeur de recherche. Le cours de M. Thérien portait sur les organisations internationales.

Les dernières colonies

Voici les 17 «territoires non autonomes» et leur métropole.

  1. Polynésie française (France)
  2. Îles Caïmans (Grande-Bretagne)
  3. Îles Samoa (États-Unis)
  4. Île Pitcairn (Grande-Bretagne)
  5. Bermudes (Grande-Bretagne)
  6. Gibraltar (Grande-Bretagne)
  7. Îles Turks et Caicos (Grande-Bretagne)
  8. Îles Vierges britanniques (Grande-Bretagne)
  9. Îles Vierges américaines (États-Unis)
  10. Anguilla (Grande-Bretagne)
  11. Montserrat (Grande-Bretagne)
  12. Îles Malouines (1) (Grande-Bretagne)
  13. Sahara occidental (sans statut)
  14. Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha (Grande-Bretagne)
  15. Guam (États-Unis)
  16. Nouvelle-Calédonie (France)
  17. Tokélaou (Nouvelle-Zélande)

(1) La souveraineté des îles Malouines (ou Falklands) fait l’objet d’un litige entre la Grande-Bretagne et l’Argentine.

À propos de la revue «Dire»

La revue Dire publie des articles de vulgarisation scientifique écrits par des étudiants et étudiantes des deuxième et troisième cycles de l’Université de Montréal. La publication, qui traite de tous les domaines (art et culture, histoire, politique, société, sciences et technologies, etc.), est produite par le Fonds d’investissement des cycles supérieurs de l’UdeM. Le numéro d’automne 2019 est accessible en version électronique sur le site Web de la revue.