«Ai-je barré ma porte?» ou quand le doute vire à l’obsession

  • Forum
  • Le 7 novembre 2019

  • Mathieu-Robert Sauvé
Ai-je bien verrouillé la porte en partant de chez moi? Cette question banale devient une véritable hantise chez les personnes aux prises avec un trouble obsessionnel-compulsif.

Ai-je bien verrouillé la porte en partant de chez moi? Cette question banale devient une véritable hantise chez les personnes aux prises avec un trouble obsessionnel-compulsif.

Crédit : Getty

En 5 secondes

La «confiance cognitive» fait défaut chez les personnes atteintes d’un TOC, révèle une étude en psychiatrie.

Ai-je bien verrouillé la porte en partant de chez moi? Cette question banale devient une véritable hantise chez les personnes aux prises avec un trouble obsessionnel-compulsif (TOC). «Certains sujets d’un de nos projets de recherche sont arrivés avec deux heures de retard au rendez-vous fixé. Ils vérifiaient et contre-vérifiaient ce genre de choses sans parvenir à calmer leur incertitude», relate Catherine Ouellet-Courtois, étudiante au doctorat en psychologie à l’Université de Montréal.

Dans sa recherche qui inclut une méta-analyse de 36 études internationales et une étude inédite auprès de 128 sujets montréalais atteints d’un TOC, la jeune femme s’est intéressée à ce que les chercheurs nomment la «confiance cognitive». «Il s’agit de ce doute que vous avez lorsque vous avez accompli un geste jugé important. Les personnes avec un TOC sont persuadées d’avoir une mauvaise mémoire ‒ c'est ce qu'on appelle la faible confiance cognitive. Les personnes qui ont un TOC doutent tellement d’elles-mêmes qu’elles n’arrivent pas à être rassurées.»

Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le TOC se caractérise par la présence d’obsessions (pensées ou impulsions récurrentes) perçues comme intrusives et inappropriées, et qui engendrent une détresse importante. Les personnes qui souffrent d’un TOC présentent souvent aussi des compulsions, soit des comportements irrépressibles destinés à repousser les pensées obsédantes et à réduire la détresse ressentie. Certaines des obsessions et compulsions les plus répandues consistent à se laver les mains de façon répétée (parfois jusqu’au sang) pour éviter les contaminations courantes; faire le ménage sans arrêt; ranger ses objets personnels de façon maniaque; prendre exactement le même chemin d’un point à l’autre… Les obsessionnels craignent d’avoir perdu leurs clés ou une carte de crédit, d’avoir contracté un virus, qu’un malheur arrive à leurs proches, etc.

Un mal traitable

Les TOC toucheraient 2,5 % de la population, des hommes comme des femmes de toutes conditions socioéconomiques et de scolarité variable. Ce mal est courant, mais demeure malgré tout nimbé de mystère. «C’est un problème qu’on peut parvenir à traiter en l’espace de 12 à 20 séances de thérapie cognitivo-comportementale», résume la chercheuse, qui a travaillé sous la direction de Kieron O’Connor, professeur au Département de psychiatrie et d'addictologie de l’UdeM et directeur du Centre d’études sur les troubles obsessionnels-compulsifs et les tics. «Apprécié de tous», selon la doctorante, le chercheur est décédé en août dernier.

Dans le cadre de son doctorat, Catherine Ouellet-Courtois a produit trois articles scientifiques: le premier est paru dans le Journal of Obsessive-Compulsive and Related Disorders et les deux autres ont été soumis à des revues spécialisées. «Il s’agit d’une recherche fondamentale, mais j’ai le sentiment que, en comprenant mieux les mécanismes derrière les TOC, on va peut-être parvenir à mieux traiter les personnes qui en sont atteintes.»

Clinicienne et «génie du mois»

C’est durant ses études de baccalauréat en psychologie à l’Université Concordia que Catherine Ouellet-Courtois plonge dans les TOC. «J’étais auxiliaire de recherche dans une étude sur les troubles alimentaires et nous avons recruté des sujets qui souffraient aussi d’un TOC. J’ai été aussitôt fascinée par la complexité de ce trouble, mais aussi par la créativité et l’imagination dont font preuve ceux et celles qu’il affecte.»

La recherche était menée en collaboration avec celui qui allait devenir son directeur de thèse. L'étudiante fera, entretemps, une maîtrise en recherche à Maastricht, aux Pays-Bas, qui la mènera à effectuer un séjour de recherche à Londres.

Parallèlement à ses travaux de recherche, elle a travaillé comme évaluatrice clinique au Centre de recherche de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et elle est clinicienne en thérapie de couple au Centre universitaire de santé McGill et au département des troubles alimentaires de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas.

Au cours des dernières années, ses travaux lui ont valu plusieurs distinctions, dont le prix Relève étoile Paul-Gérin-Lajoie (2019) du Fonds de recherche du Québec – Société et culture. Elle a même été nommée «génie du mois» par l’association étudiante de psychologie en 2017 et en 2019 pour deux de ses articles scientifiques.