Sur l’Everest comme sur le mont Royal, il faut savoir gérer les risques

  • Forum
  • Le 7 novembre 2019

  • Mathieu-Robert Sauvé
Monique Richard

Monique Richard

Crédit : Monique Richard, alpiniste

En 5 secondes

L’alpiniste Monique Richard a partagé son expérience sur la gestion du risque avec les employés de l’Université de Montréal.

Pour éviter les accidents, l’alpiniste en route pour le toit du monde et l’employé dans l’exercice de ses fonctions doivent faire attention aux détails.

C’est le message qu’est venue livrer une des plus extraordinaires aventurières du Canada, Monique Richard, aux membres du personnel de l’Université de Montréal le 5 novembre. «J’ai frôlé la mort à trois reprises et j’ai connu des situations traumatisantes, mais je suis comme tout le monde: je souhaite rentrer chez moi sans encombre à la fin de ma journée», a dit la conférencière durant une rencontre d’une heure à la salle Roger-Guillemin, du pavillon Roger-Gaudry, devant une cinquantaine de participants et participantes, sans compter les personnes qui assistaient à la webdiffusion.

Organisée par les syndicats 1186, 1244, SERUM-PRO, SERUM-PSA, SESUM, ACPUM, SGPUM et SCCCUM à l’occasion de la Semaine de la santé et de la sécurité au travail, la conférence avait pour titre «Du mont Everest au mont Royal: vivre avec les risques». L’alpiniste, qui a conquis l’Everest et six autres sommets majeurs en 32 mois ‒ ce qui a fait d’elle la détentrice canadienne du record dans cette catégorie ‒, a aussi été la première Canadienne à vaincre le Makalu, au Népal, en 2014 et la première femme à atteindre en solo le mont Logan (plus haut sommet canadien) en 2018.

Comme le personnel de laboratoire et les personnes chargées de l’entretien, la passionnée de plein air doit «faire attention aux détails» lorsqu’elle se trouve en situation délicate. «Comme vous, je fais face aux risques chimiques, biologiques, physiques et psychosociaux. Si je suis mal préparée, un seul geste peut être fatal», a-t-elle lancé avant d’expliquer que la manipulation des bonbonnes de gaz ou un entraînement déficient pouvaient déterminer le succès et l’échec d’une mission. Quant aux facteurs psychosociaux, ils sont exacerbés en situation de fatigue extrême ou de carences en oxygène.

La preuve, cette postière s’est blessée sérieusement au genou lorsqu’elle a mal engagé un mouvement en livrant du courrier dans une propriété montréalaise…

Enjamber des cadavres

Monique Richard a accumulé les exploits depuis qu’elle a parcouru le chemin de Compostelle en 2006. En plus du choc mystique, cette randonnée lui a donné un intense sentiment de liberté… et l’envie d’aller plus loin, plus haut. Pourtant, elle avait testé plusieurs de ses limites. Ampoules, tendinites et une épine calcanéenne auraient pu mettre fin à ses aventures.

Après le Kilimandjaro et l’Elbrouz, elle s’est attaquée à l’Everest, qu’elle a conquis à sa première tentative, en 2012, à l’âge de 37 ans. Mais elle a gardé une image dramatique des derniers mètres de l’ascension, lorsqu’elle a dû enjamber des cadavres d’alpinistes sur l’implacable face sud.

Son plus important deuil, elle l’a vécu quelques années plus tard, en 2016, sur une montagne beaucoup moins imposante, le mont Rainier, sur la côte Ouest américaine. «J’étais partie avec mon meilleur ami, Arvid Lennat Lahti, et nous avons atteint le sommet sans difficulté. C’est en redescendant que les choses se sont gâtées», a-t-elle raconté, la voix encore empreinte d’émotion.

Le brouillard a couvert le paysage et un blizzard s’est levé. Les alpinistes ont dû se réfugier dans une anfractuosité. L’homme est mort d’hypothermie dans ses bras.

Après avoir souffert d’un choc post-traumatique et fait une dépression, l’exploratrice est allée déposer une plaque souvenir à l’endroit où le drame s’est déroulé.

D’autres sommets

Relatant cet épisode, Monique Richard a répété que la préparation en vue d’une expédition est une condition capitale à la survie des aventuriers. En plus de posséder presque tout son équipement en double, elle prévoit toujours un plan B. C’est l’humilité qui doit guider les décisions lorsqu’une route semble infranchissable. Il lui est arrivé de renoncer à un sommet à quelques mètres du but.

À la question de Forum sur ce qui lui reste à accomplir, elle a répondu sans hésiter: «Beaucoup de choses», donnant la liste des endroits qu’elle souhaite encore découvrir. Des 14 sommets de plus de 8000 m elle n’en a conquis «que 2»…

Mais la montagne l’a changée. Aujourd’hui, elle dit éprouver plus de bonheur sur la route menant vers le sommet que dans le dernier pas.