Vaincre les fuites urinaires en groupe

La physiothérapie par groupes de huit est aussi efficace que la physiothérapie individuelle standard pour traiter l’incontinence urinaire chez les femmes âgées.

La physiothérapie par groupes de huit est aussi efficace que la physiothérapie individuelle standard pour traiter l’incontinence urinaire chez les femmes âgées.

Crédit : Getty

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La physiothérapie du plancher pelvien en groupe serait aussi efficace – et moins coûteuse – que les séances individuelles pour réduire les fuites d’urine chez les femmes de 60 ans et plus.

Plus de 55 % des femmes de 60 ans et plus souffrent d’incontinence urinaire, ou fuites urinaires, une maladie grave qui limite leurs activités quotidiennes et augmente leur risque d’isolement et de sédentarité.

Mais il existe un moyen de la prévenir: la physiothérapie du plancher pelvien.

Une grande étude québécoise publiée dans JAMA Internal Medicine montre que la physiothérapie par groupes de huit est aussi efficace que la physiothérapie individuelle standard pour traiter l’incontinence urinaire chez les femmes âgées.

L’étude a été menée par Chantale Dumoulin, professeure de physiothérapie à l’Université de Montréal et chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Près des trois quarts des 362 participantes à l’étude ont présenté une diminution significative des fuites urinaires après trois mois de physiothérapie intensive et neuf mois d’exercices à domicile. La thérapie suivie en groupe et la thérapie individuelle ont démontré presque les mêmes taux d’efficacité à la fin de l’étude clinique.

«La physiothérapie de groupe a eu des effets bénéfiques qui vont au-delà du traitement thérapeutique lui-même», a indiqué la Dre Dumoulin, qui enseigne à l’École de réadaptation de l’UdeM et est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en santé urogynécologique et vieillissement.

«Les groupes sont devenus un espace de discussion sûr où les participantes ont pu parler sans se sentir gênées et échanger des conseils», a-t-elle déclaré. En bref, la formation de groupe a permis aux participantes de ne plus se sentir seules face à ce problème de santé qui peut être considéré comme tabou.

Séances hebdomadaires d’une heure

Chantale Dumoulin

De 2013 à 2018, 362 femmes ont participé à un programme de physiothérapie du plancher pelvien d’un an, supervisé par un physiothérapeute spécialisé, qui consistait en des séances hebdomadaires d’une heure sur trois mois et des exercices à la maison.

Après avoir appris à contracter les muscles de leur plancher pelvien au cours d’une séance individuelle, la moitié des participantes ont reçu le traitement standard (physiothérapie individuelle) et l’autre moitié ont suivi le même traitement dans un groupe de huit femmes (le programme GROUPE).

Après 12 semaines de traitement intensif, les participantes ont poursuivi les exercices à domicile. Un an après le début du traitement, les chercheurs ont évalué le pourcentage de réduction des épisodes de fuites, enregistré dans un «journal de la vessie» sur sept jours.

Moins de fuites, moins graves aussi

Les résultats de l’étude ont montré qu’après un an les épisodes de fuites d’urine ont diminué de 70 % chez les participantes qui ont reçu le traitement individuel et de 74 % chez celles qui ont suivi le traitement en groupe.

La quantité de fuites urinaires, la gravité des symptômes urinaires et leurs répercussions sur la qualité de vie, ainsi que le nombre de mictions diurnes et nocturnes ont été réduits de manière considérable dans les deux groupes de traitement.

Pour chacune de ces mesures, la différence entre les deux traitements n’était pas importante, ce qui indique que la physiothérapie du plancher pelvien en groupe est aussi efficace que le traitement individuel standard.

La thérapie individuelle plus coûteuse

Le traitement de physiothérapie individuelle est plus coûteux. Dans de nombreux pays, il n’est pas largement accessible en raison du manque de physiothérapeutes spécialisés. Cela rend l’approche de la formation de groupe plus attrayante – et plus efficace, a indiqué la Dre Dumoulin.

«Cela pourrait permettre de traiter plus de femmes avec des ressources humaines et financières limitées, selon un ratio de huit patientes pour un physiothérapeute plutôt qu’un traitement individuel, sans compromettre l’efficacité du traitement», a-t-elle déclaré.

«Augmenter l’accessibilité de la physiothérapie du plancher pelvien pourrait retarder ou même réduire les interventions chirurgicales pour traiter cette condition tout en améliorant la qualité de vie de milliers de femmes», a-t-elle conclu.

À propos de l'étude

L'article «Group-based versus individual pelvic floor muscle training to treat urinary incontinence in older women», par Chantale Dumoulin et ses collaborateurs, a été publié le 3 août 2020 dans JAMA Internal Medicine. Le projet de recherche a reçu le soutien financier des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) (MSH-258993) et les analyses statistiques ont également reçu un soutien partiel des IRSC (PJT-148946). Chantale Dumoulin est titulaire d’une bourse salariale de niveau II de la Chaire de recherche du Canada; son laboratoire de recherche sur l’incontinence et le vieillissement est soutenu par la Fondation canadienne pour l’innovation.

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