Craignant bien avant l’heure de voir son pays pris d’assaut par la Russie, Oksana Kaminska a refait sa vie au Québec avec son mari et ses enfants, sans oublier ses proches restés en Ukraine. La veille de l’invasion russe, le plus jeune de ses trois garçons a dressé la table avec un couvert en plus. «C’est pour grand-père, il va venir à la maison», a-t-il rétorqué à son grand frère interloqué.
Quelques heures plus tard, le 24 février, Roman Meda réveillait sa femme pour lui annoncer le début des hostilités. «Les premiers jours, on n’y croyait pas, comme la plupart des Ukrainiens. Maintenant, on commence à s’habituer et à comprendre ce qu’il se passe», relate Mme Kaminska au téléphone, une immense peine dans la voix.
Établie à Montréal avec son conjoint et ses enfants depuis 12 ans, la médecin de 41 ans et résidente en ophtalmologie à l’Université de Montréal a réussi, à force d’insister, à faire venir son père, qui voulait rester pour «défendre les maisons et les enfants». Depuis deux semaines, il occupe sa place attitrée à table et veille sur ses petits-fils, tandis que sa fille fait son stage en chirurgie de la cataracte au CHUM et que son gendre travaille dans une clinique d’optométrie.
L’homme rescapé dort mieux et réussit à penser à autre chose, malgré les bombes qui pleuvent sur Lviv, près de la ville où il habitait, et Kyiv où résident toujours des membres de la famille. Sa femme a pu rejoindre leur autre fille en Angleterre.