«Une charrette, c’est une façon de projeter ses idées avec intensité, dans un temps court. C’est très motivant», dit Carmela Cucuzzella, doyenne de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. Dans cette formule qui a une longue histoire dans les professions de l’environnement bâti et du design, l’objectif est de faire émerger des idées originales, d’amorcer des projets; la prise de risque est donc encouragée.
Après un premier concours d'idées fructueux pour le réaménagement des aires communes au pavillon Marie-Victorin de l’UdeM, la Faculté de l’aménagement a voulu répéter l’expérience. Grâce à un don de la Fondation Mirella et Lino Saputo, la faculté a pu organiser deux autres charrettes durant l’année 2025-2026, cette fois-ci sur le thème du design inclusif. «La Fondation nous a mis en contact avec des regroupements et des organismes à but non lucratif [OBNL] qui veulent améliorer les conditions d’accessibilité de leurs installations», explique Bechara Helal, vice-doyen à la recherche et à la vie scientifiques, et responsable de l’organisation de ces concours.
Durant ces deux charrettes de design, les équipes étudiantes ont eu environ 48 heures pour répondre à une question et présenter des solutions innovantes pour la conception de lieux inclusifs et accessibles universellement. Ce brassage d’idées permet de porter un regard neuf sur une situation, «mais les étudiantes et étudiants se sont aussi assurés que les idées qu’ils mettaient de l’avant étaient réalistes», poursuit la doyenne. À la clé, trois bourses pour les projets à la fois les plus innovants et les plus réalistes remises par un jury incluant des représentants des organismes partenaires grâce à la contribution de la Fondation Mirella et Lino Saputo.
Pour un design inclusif
La première charrette s’est déroulée du 31 octobre au 2 novembre 2025 et avait pour objectif d’imaginer un parcours utilisateur exemplaire en matière d’accessibilité universelle pour la nouvelle cuisine collective de Bouffe-Action. «Les architectes avaient fait le plan des nouveaux bureaux, déménagés près du Technopôle Angus, mais l’organisme était curieux d’explorer des pistes d’amélioration du point de vue du design inclusif», indique Bechara Helal.
«Pour nous, c’était une belle occasion d’intégrer le volet de l’accessibilité universelle dans nos travaux», raconte Emmanuel Drouin, étudiant de troisième année au baccalauréat en architecture. Lui et sa coéquipière Elisabeth Jarvis ont remporté le premier prix de la charrette, même si c’était leur première expérience de design inclusif. En effet, comme tous les étudiants et étudiantes ne sont pas familiarisés avec le design inclusif, les deux charrettes commençaient par une courte formation donnée par la consultante en design universel Christelle Montreuil, qui demeurait disponible pour répondre aux questions des équipes tout au long de la charrette. «Cette formation nous a sensibilisés à diverses catégories de handicap», relate Elisabeth Jarvis, également à sa troisième année du baccalauréat en architecture.
L’expérience, même intense, leur a énormément plu. Tellement qu’ils n’ont pas hésité à s’inscrire à la charrette de design inclusif pour la transformation du centre St-Pierre, qui s’est déroulée du 9 au 11 janvier. «J’ai vraiment aimé l’expérience. Dans nos ateliers, on a une session complète pour réfléchir, mais avoir un temps limité nous a forcés à élaborer une éthique de travail et à devenir efficaces», mentionne Emmanuel Drouin. Son équipe, qui comprenait aussi Joseph Aziz, a remporté le troisième prix le 10 février.