Brassage d’idées et de projets

En 5 secondes La Faculté de l’aménagement de l’UdeM souhaite pérenniser les «charrettes», ces formules intensives de création qui sont aussi des outils pédagogiques qui rendent service à la communauté.
La doyenne de la Faculté de l’aménagement de l’UdeM Carmela Cucuzzella lors du dévoilement des lauréats et du vernissage des projets de la charrette Centre St-Pierre le 10 février 2026.

«Une charrette, c’est une façon de projeter ses idées avec intensité, dans un temps court. C’est très motivant», dit Carmela Cucuzzella, doyenne de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. Dans cette formule qui a une longue histoire dans les professions de l’environnement bâti et du design, l’objectif est de faire émerger des idées originales, d’amorcer des projets; la prise de risque est donc encouragée.

Après un premier concours d'idées fructueux pour le réaménagement des aires communes au pavillon Marie-Victorin de l’UdeM, la Faculté de l’aménagement a voulu répéter l’expérience. Grâce à un don de la Fondation Mirella et Lino Saputo, la faculté a pu organiser deux autres charrettes durant l’année 2025-2026, cette fois-ci sur le thème du design inclusif. «La Fondation nous a mis en contact avec des regroupements et des organismes à but non lucratif [OBNL] qui veulent améliorer les conditions d’accessibilité de leurs installations», explique Bechara Helal, vice-doyen à la recherche et à la vie scientifiques, et responsable de l’organisation de ces concours.

Durant ces deux charrettes de design, les équipes étudiantes ont eu environ 48 heures pour répondre à une question et présenter des solutions innovantes pour la conception de lieux inclusifs et accessibles universellement. Ce brassage d’idées permet de porter un regard neuf sur une situation, «mais les étudiantes et étudiants se sont aussi assurés que les idées qu’ils mettaient de l’avant étaient réalistes», poursuit la doyenne. À la clé, trois bourses pour les projets à la fois les plus innovants et les plus réalistes remises par un jury incluant des représentants des organismes partenaires grâce à la contribution de la Fondation Mirella et Lino Saputo.

 

Pour un design inclusif

La première charrette s’est déroulée du 31 octobre au 2 novembre 2025 et avait pour objectif d’imaginer un parcours utilisateur exemplaire en matière d’accessibilité universelle pour la nouvelle cuisine collective de Bouffe-Action. «Les architectes avaient fait le plan des nouveaux bureaux, déménagés près du Technopôle Angus, mais l’organisme était curieux d’explorer des pistes d’amélioration du point de vue du design inclusif», indique Bechara Helal. 

«Pour nous, c’était une belle occasion d’intégrer le volet de l’accessibilité universelle dans nos travaux», raconte Emmanuel Drouin, étudiant de troisième année au baccalauréat en architecture. Lui et sa coéquipière Elisabeth Jarvis ont remporté le premier prix de la charrette, même si c’était leur première expérience de design inclusif. En effet, comme tous les étudiants et étudiantes ne sont pas familiarisés avec le design inclusif, les deux charrettes commençaient par une courte formation donnée par la consultante en design universel Christelle Montreuil, qui demeurait disponible pour répondre aux questions des équipes tout au long de la charrette. «Cette formation nous a sensibilisés à diverses catégories de handicap», relate Elisabeth Jarvis, également à sa troisième année du baccalauréat en architecture.

L’expérience, même intense, leur a énormément plu. Tellement qu’ils n’ont pas hésité à s’inscrire à la charrette de design inclusif pour la transformation du centre St-Pierre, qui s’est déroulée du 9 au 11 janvier. «J’ai vraiment aimé l’expérience. Dans nos ateliers, on a une session complète pour réfléchir, mais avoir un temps limité nous a forcés à élaborer une éthique de travail et à devenir efficaces», mentionne Emmanuel Drouin. Son équipe, qui comprenait aussi Joseph Aziz, a remporté le troisième prix le 10 février. 

Une expérience à répéter

«Les étudiants et les étudiantes apprécient la dynamique de ces séances de travail, car ces concours restent amicaux et créatifs», affirme Carmela Cucuzzella. Si les inscriptions étaient timides lors de la première charrette, la deuxième a été très populaire: une cinquantaine d’étudiantes et étudiants en équipe ont présenté 18 propositions. Une troisième charrette se déroulera du 3 au 6 mars. Elle portera sur la maison St-Pierre, un bâtiment patrimonial en lien avec le centre St-Pierre, qui sera entièrement réaménagée pour accueillir les nouvelles fonctions de l’OBNL. 

La Faculté de l’aménagement aimerait pérenniser la formule: «Nous voulons mettre de l’avant cette culture du brassage d’idées et des miniprojets, et formaliser ces séances de design. C’est une occasion unique pour la communauté étudiante de comprendre la façon dont les autres disciplines pensent. C’est enrichissant», ajoute la doyenne. Ces charrettes multidisciplinaires sont en effet un outil pédagogique intéressant, en plus de rendre service à la communauté, selon la doyenne. «Une des grandes forces de la faculté, c’est l’imagination de sa communauté étudiante, qui n’est pas assez souvent sollicitée et mise en évidence», souligne Bechara Helal. 

À la fin du processus, les pistes évoquées par les équipes, gagnantes ou non, sont valorisées et utilisées par les partenaires. «Les étudiantes et les étudiants sont toujours davantage motivés quand les projets sont liés à de vrais enjeux et surtout à une situation concrète», remarque le vice-doyen. Un livret des propositions est remis aux partenaires, qui peuvent utiliser les idées pour enrichir leur propre réflexion ou dialoguer avec leurs parties prenantes. 

Malgré leur horaire déjà chargé (mentionnons que les charrettes sont des activités non créditées), les deux étudiants se disent convaincus par la formule: «Ça nous a permis d’apprendre de nouveaux concepts, qu’on a ensuite repris pour améliorer nos autres projets en atelier», conclut Elisabeth Jarvis.

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