La collection de disques de Charles Gagnon: là où tout a commencé
Charles Gagnon possédait une collection éclectique de 3000 vinyles qu’il écoutait en peignant. En 2017, lorsque la Phonothèque québécoise a fermé, une partie de sa collection a été rapatriée au laboratoire La création sonore: cinéma, arts médiatiques, arts du son, de l’Université de Montréal, dirigé par le cocommissaire Serge Cardinal. «Ce geste a ainsi constitué la genèse des recherches qui ont mené à l’exposition La couleur du temps, le son d’un espace. L’exercice a tout d’abord impliqué de mettre en parallèle le processus de création de Charles Gagnon avec celui du collectif transdisciplinaire de commissaires et d’artistes du projet, de réévaluer l’atelier comme lieu d’action de la création et de réfléchir à la manière dont la musique et ses objets s’immiscent dans le processus créatif», explique la cocommissaire Karine Bouchard.
Le lien entre création musicale, création sonore et création visuelle est mis de l’avant durant toute l’exposition. Nous nous déplaçons ainsi à travers différentes configurations muséales. Nous pénétrons dans un cube blanc, ce dispositif scénique ayant largement été utilisé dans les musées d’art moderne afin de neutraliser l’espace: tout est peint en blanc uniforme et les fenêtres sont condamnées pour un éclairage homogène. Ici, il est parsemé de multiples pochettes du White Album des Beatles. Nous sommes également invités à rentrer dans une black box, un autre dispositif d’exposition, soit une pièce carrée peinte en noir ayant servi à montrer des performances expérimentales. Dans La couleur du temps, le son d’un espace, nous assistons également à une performance technique: celle du son capté pour la première fois par Édouard-Léon Scott de Martinville. Et nous pouvons aussi visiter une period room, une salle de musée censée reconstituer un lieu historique et qui représente ici malicieusement le logo de l’étiquette HMV en trois dimensions: un Russel Jack terrier écoutant la voix de son maître sur un phonographe.