Des polluants aux répercussions variées
Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sont le premier groupe étudié, soit des contaminants qui étaient libérés par les activités industrielles dans le fjord du Saguenay et considérés comme une des causes principales des cancers chez les bélugas. «Heureusement, les procédés des alumineries ont changé dans les 40 dernières années; aujourd’hui le niveau de contamination de surface des HAP est revenu à l’ère préindustrielle et l’on ne voit plus de cancers chez les bélugas», indique le Dr Lair, spécialisé en santé des animaux sauvages.
Le second groupe est composé des biphényles polychlorés (BPC), surtout utilisés comme liquides isolants dans les transformateurs et les condensateurs électriques jusqu’à leur interdiction, en 1977. Très résistants dans l’environnement et bioaccumulables, ces contaminants étaient présents en grande quantité chez le béluga (qui se situe au sommet de la chaîne alimentaire) dans les années 1960 et 1970. L’étude du groupe de recherche montre que les niveaux de contamination sont en diminution, mais ces substances toujours présentes resteraient dommageables pour la santé des bélugas. «Les BPC ont d’importants effets immunosuppresseurs, dit le vétérinaire. Et nombreux sont les bélugas qui meurent en raison d’une maladie infectieuse. Nous pensons que les BPC pourraient potentiellement affaiblir le système immunitaire des bélugas, qui deviennent alors plus susceptibles de développer ce type de maladie.»
Finalement, le dernier groupe à l’étude est constitué des polybromodiphényléthers (PBDE), des produits répandus qui servent à prévenir la naissance des flammes dans le mobilier et les appareils électroniques. Polluants organiques très persistants, les PBDE sont toxiques et interfèrent avec les hormones thyroïdiennes tant chez l’humain que chez le béluga. Si l’étude semble démontrer que la contamination a diminué dans les dernières années, les niveaux observés pourraient bien être problématiques. «Bien que cela ne soit qu’une hypothèse pour l’instant, nous croyons que la contamination par ces retardateurs de flammes pourrait perturber les activités de la glande thyroïdienne, expliquant ainsi les problèmes de mortalité associés aux mises bas chez les femelles», précise Stéphane Lair.
Bref, cette étude fait état d’un problème réglé (HAP) et de situations problématiques qui s’améliorent tranquillement (BPC et PBDE), mais ces contaminants ont vraisemblablement toujours des effets à la fois sur le système immunitaire des bélugas de l’estuaire et sur leur système endocrinien.
«On peut donc dire que l’environnement chimique des bélugas s’améliore et que cette étude nous permet d’expliquer un peu mieux les causes de mortalité des bélugas: système immunitaire faible qui favorise le développement de maladies infectieuses et hormones perturbées qui compliquent la mise bas, avance le vétérinaire. Mais je ne peux pas dire que je suis très optimiste, les contaminants ne sont qu’un des facteurs de mortalité des bélugas.»