Plus du tiers des 41 terrains contaminés par des déchets toxiques, répertoriés il y a 40 ans à Montréal et à Laval, sont aujourd'hui à l'abandon: aucun n'a été converti pour la construction de logements, malgré la crise actuelle de l'habitation.
C’est ce qui se dégage d’une étude réalisée par Clarence Hatton-Proulx, professeur adjoint au Département de géographie de l’Université de Montréal, et dont les résultats ont été publiés dans la revue Urban Studies.
En somme, Clarence Hatton-Proulx montre que la réhabilitation des friches industrielles, souvent présentée comme une réussite dans la littérature en études urbaines, reste l'exception plutôt que la règle.
Un récit trop souvent optimiste
Selon Clarence Hatton-Proulx, la recherche en urbanisme et en aménagement souffre d’un biais de confirmation, «puisqu’elle s’appuie surtout sur des études de cas où la transformation a réussi, qu'il s'agisse de parcs, de logements ou de locaux commerciaux», note-t-il.
En revanche, des travaux issus de l'histoire sociale et culturelle optent pour un point de vue inverse sur la désindustrialisation, mettant surtout en lumière les ruines laissées sur des territoires ruraux et périphériques.
Or, aucun de ces deux courants n'a étudié de façon systématique ce qu'il advient réellement de terrains contaminés urbains sur plusieurs décennies.
C'est ce vide que le chercheur a voulu combler «en adoptant une démarche longitudinale permettant d’avoir une compréhension plus approfondie de ce qu’il est advenu de ces lieux avec le passage du temps», explique Clarence Hatton-Proulx.
D’ailleurs, il a eu l’idée de cette étude dans la foulée du livre qu’il vient de publier – La ville énergivore – et qui porte, entre autres, sur l’histoire des raffineries à Montréal, dont les fermetures à partir des années 1980 ont laissé de nombreux terrains contaminés.