19 janvier: un premier séminaire sur l’injustice épistémique
Un premier séminaire réunira le 19 janvier Ryoa Chung, codirectrice du Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal, et Amandine Catala, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l'injustice et l'agentivité épistémiques de l’UQAM.
Les deux professeures et chercheuses en philosophie présenteront le concept d’injustice épistémique, c’est-à-dire la manière dont les rapports de pouvoir se répercutent dans le domaine du savoir et de la connaissance.
«La notion d’injustice épistémique connaît un essor important depuis 2007, explique Ryoa Chung. Bien sûr, cette réalité existait auparavant, mais c’est la philosophe Miranda Fricker qui a cerné le terme cette année-là et qui a permis de le définir de manière analytique.» Ainsi, depuis une quinzaine d’années, les chercheurs en philosophie politique et en épistémologie sociale parviennent à porter un regard plus «clinique» sur les questions d’injustice épistémique.
«Grâce au cadre théorique de Fricker, on ne tombe pas dans la simple opinion subjective; on décrit des phénomènes objectifs. On peut alors “dépersonnaliser” des enjeux sociaux très délicats et l’on s’élève ainsi au-dessus des débats de type woke ou non-woke!» ajoute la chercheuse avec un sourire.
Durant ce séminaire, Ryoa Chung souhaite apporter un regard historique sur des injustices épistémiques qui ont marqué nos sociétés occidentales tout en faisant ressortir les modalités qui s’appliquent au milieu universitaire. Y seront abordés, notamment, les termes plus particuliers d’injustice structurelle et d’injustice testimoniale ainsi que la notion des critères d’excellence dans le monde universitaire.
Comme point de départ de la réflexion, la chercheuse proposera celui de l’histoire des femmes en raison du large consensus au sujet du bien-fondé des avancements en la matière. «À partir du cas des femmes, je veux faire voyager l’auditoire d’un débat à l’autre dans une perspective historique. L’histoire du progrès des droits des femmes dans toutes les sphères de la société et de leur plus grand accès à l’université a suscité de nombreux débats, notamment au sujet de la discrimination positive et de la méritocratie. Comment se sont articulés ces débats? Quelles leçons peut-on tirer des actions qui ont été posées? Peut-on se servir de ces réflexions pour faire avancer les causes d’autres groupes?» demande la professeure.
Cette perspective historique peut s’avérer fort utile lorsqu’il est question de réfléchir aux enjeux de justice qui sont liés à l’équité, à la diversité et à l’inclusion. «L’un des défis, croit Ryoa Chung, c’est d’arriver à résoudre les tensions entre une position individualiste et une position collective et sociale. Par exemple, en tant que non-Autochtones, certains individus peuvent se sentir lésés par des actions ou des politiques qui favorisent les membres des Premiers Peuples. Mais si l’on adopte un regard global et historique, on a plus de chances d’accepter qu’il s’agit d’un geste collectif accompli pour réparer des injustices historiques fondamentales.»