Un tableau global en trois tendances
Pour en avoir le cœur net, le chercheur, qui coordonne les activités de l’axe Neurobiologie et santé mentale du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, a voulu désigner avec précision les marqueurs neurobiologiques associés à la toxicomanie. Avec son étudiant Jules R. Dugré, doctorant en sciences biomédicales, il a réalisé la synthèse quantitative de 96 études menées auprès de 5757 personnes ayant une dépendance à diverses substances ‒ alcool, nicotine, cannabis, psychostimulants, etc.
Sa méta-analyse porte non pas sur l’activité du cerveau, mais sur la connectivité fonctionnelle entre différentes régions du cerveau (c’est-à-dire la façon dont celles-ci communiquent entre elles). Jusqu’ici, aucune synthèse du genre n’avait été effectuée.
Les résultats, publiés récemment dans la revue Addiction Biology, révèlent des anomalies principalement pour ce qui est du système de récompense, des systèmes en jeu dans la prise de décision et des régions liées à la formation d'habitudes.
1. Système de récompense
«Les personnes aux prises avec des problèmes de consommation présentent une hyperconnectivité entre certaines régions clés du système de récompense – le cortex préfrontal ventral médian et le stratum ventral. À long terme, ces anomalies pourraient expliquer pourquoi la substance gagne en valeur motivationnelle [gratification immédiate] au détriment des autres sphères de la vie», expose Stéphane Potvin.
2. Prise de décision
«On remarque aussi une connectivité réduite entre certaines régions activées dans la prise de décision – comme le cortex préfrontal et l’amygdale. Ce genre de résultat est cohérent avec le fait que des individus toxicomanes peuvent afficher une sorte d’indifférence par rapport aux conséquences néfastes de leurs choix», poursuit le chercheur.
3. Formation d’habitudes et compulsion
Le résultat le plus original concerne les anomalies observées à l’échelle des régions associées à la formation d’habitudes, soit le stratum dorsal et le cortex prémoteur. «L’hyperconnectivité pourrait expliquer l’aspect compulsif de la consommation», dit Stéphane Potvin.
Dans cette synthèse, l’équipe n’a pas observé d’altérations dans les régions et réseaux qui agissent sur le contrôle des impulsions. Mais des travaux antérieurs, réalisés avec d’autres types d’approches en neuro-imagerie, ont montré des anomalies dans ces régions.
Le neurobiologiste insiste du même coup sur les limites de sa synthèse. «On s’est concentrés sur les gens qui ont un problème de consommation, quel qu’il soit. Est-ce que les systèmes du cerveau sont également touchés par les différentes substances? Ça reste à voir», mentionne-t-il.