Donner un visage à ses démons
L’approche Avatar permet de donner corps aux voix intérieures qui tourmentent les patients afin qu’ils puissent mieux les affronter. «L’avatar est une figure virtuelle contrôlée par le thérapeute et qui incarne une voix entendue par le patient – souvent critique, dévalorisante, parfois violente», explique le Dr Dumais.
Dans le cas de personnes souffrant d’hallucinations auditives, cela signifie littéralement recréer «le démon» qu’elles entendent: une voix qui les insulte, les rabaisse, les harcèle au quotidien. Ensemble, patient et thérapeute donnent forme à cette entité. L’apparence, le ton, les propos: tout est ajusté pour refléter au plus près l’expérience subjective de la voix intrusive. «Le démon me dit que je suis un imbécile, que je ne vaux rien», rapportera par exemple un patient. L’avatar projeté dans un casque de réalité virtuelle répétera ces phrases mot pour mot avec une voix modifiée pour coller à celle perçue lors des hallucinations.
La thérapie suit une structure en trois temps: une phase de préparation à l’immersion, une immersion avec l’avatar, puis une discussion en personne avec le ou la psychiatre. «On ne se contente pas d’exposer la personne à la violence de la voix, précise Alexandre Dumais. Le but est de changer le dialogue, de transformer cette interaction intérieure.»
Au fil des séances, qui s’étendent sur environ neuf semaines, le dialogue évolue. D’abord fidèle à la voix initiale, l’avatar devient plus nuancé. Le thérapeute incite le patient à répondre, à s’affirmer. Peu à peu, le démon se déstabilise, conteste ses propos. C’est là que l’effet thérapeutique se joue: le patient commence à remettre en cause les croyances négatives qu’il entretient sur lui-même. «Parfois, le patient va jusqu’à transformer l’avatar. Il ne le voit plus seulement comme un démon, mais comme le reflet de sa maladie. Il prend du recul. Il commence à se dire: “Et si c’était moi qui me dévalorisais autant?”» souligne le Dr Dumais.