Situées dans des zones de basse altitude saturées d'eau, les zones humides, qui constituent 14 % du territoire de l'Arctique, émettent de grandes quantités de méthane, un puissant gaz à effet de serre. Mais les scientifiques pensent que ces émissions peuvent être atténuées par l'absorption du méthane atmosphérique qui se produit dans les hautes terres de l'Arctique, qui sont bien drainées et qui couvrent plus de 80 % de la région polaire.
Toutefois, jusqu'à présent, les scientifiques ont eu du mal à mesurer, à comprendre et à évaluer les mécanismes sous-jacents, les contrôles environnementaux et l'ampleur de l'absorption du méthane dans ces «puits» des hautes terres. Une étude internationale vient de révéler que cette absorption pourrait être plus importante qu'on pensait et qu'elle pourrait augmenter dans des conditions plus sèches.
Dirigée par Oliver Sonnentag, professeur de géographie à l'Université de Montréal, et menée par une ancienne chercheuse postdoctorale de son laboratoire, Carolina Voigt, l'étude est publiée aujourd'hui dans la revue Nature Climate Change.
«Les scientifiques de l'Arctique ont tendance à installer tous leurs instruments de mesure des flux à des endroits où l'on peut s'attendre à de fortes émissions de méthane. Notre travail réduit ce biais en quantifiant l'absorption du méthane dans les hautes terres et en mettant en lumière les contrôles de cette absorption», indique le professeur Sonnentag, titulaire d'une chaire de recherche du Canada en biosciences de l'atmosphère.
À Trail Valley Creek, une station de recherche dans la toundra, établie sur du pergélisol à 45 kilomètres au nord d'Inuvik (Territoires du Nord-Ouest), dans l'ouest de l'Arctique canadien, l'équipe de l'UdeM a utilisé un dispositif expérimental unique composé de 18 chambres automatisées pour mesurer en continu les flux de méthane. Aucun autre système de chambres automatisées n'existe aussi loin dans le nord au Canada et il n'y en a que quelques-uns au-dessus du cercle polaire à l'échelle mondiale, la plupart étant installés là où les émissions de méthane sont importantes.