Un arsenal pernicieux
À la lumière des témoignages obtenus, la doctorante a constaté que ce type de violence peut prendre plusieurs formes. «C’est un ensemble de stratégies qui visent à influencer la trajectoire reproductive de la femme au point où celle-ci sentira qu’elle n’a pas d’autre choix que de céder. Et quand elle finit par capituler, nos recherches montrent qu’aucun homme ne s’occupe des enfants pourtant si “désirés”», dit-elle.
Parmi ces comportements, on trouve le sabotage contraceptif (retirer les préservatifs sans consentement – acte appelé «furtivage»* – ou les percer, cacher les pilules contraceptives, réduire l’accès aux services de santé en ne soutenant pas financièrement la femme pour l’achat d’un moyen de contraception), l’imposition de l’issue de la grossesse (forcer un avortement ou le maintien de la grossesse, infliger des blessures physiques pour provoquer une fausse couche) ou encore l’élimination du potentiel reproductif (contraindre à une stérilisation).
Le contrôle n’est pas que physique, il est aussi sexuel, économique, spirituel ou encore psychologique: formulation de menaces («Je vais te quitter si tu ne me fais pas d’enfants») et d’accusations («Tu ne me fais pas confiance en m’obligeant à mettre un condom») ou chantage affectif («Avec un enfant je vais arrêter de consommer»).
«Comme la coercition reproductive est plurielle, c’est souvent l’aspect cumulatif des gestes et des attitudes qui finit par entraver la liberté et l’autonomie des femmes», souligne Carole Boulebsol.