Les entreprises doivent cesser de concevoir de nouvelles technologies d’intelligence artificielle (IA) simplement parce qu’elles le peuvent et les gens doivent cesser d’adapter leurs pratiques, leurs habitudes et leurs lois à ces nouvelles technologies. Au contraire, l’intelligence artificielle devrait être conçue pour répondre exactement aux besoins réels des individus.
C’est, du moins, le point de vue de 50 experts mondiaux qui ont contribué à la rédaction d’articles de recherche pour le nouvel ouvrage Human-Centered AI, coédité par deux professeurs de l’Université de Montréal, qui explore les risques – et les occasions manquées – du statu quo et les moyens de l’améliorer.
Aux yeux de Pierre Larouche, professeur titulaire spécialisé dans le droit de la concurrence et vice-doyen de la Faculté de droit de l’UdeM, un moyen efficace d’y parvenir serait d’actualiser les mécanismes juridiques, qui sont à l'heure actuelle nettement inadéquats en la matière.
En traitant l’intelligence artificielle comme «un objet distinct du droit et des règlementations» et en supposant qu’il n’existe «aucune loi actuellement applicable à l’IA», certains décideurs politiques se sont sentis inadaptés vis-à-vis d'une tâche qu’ils considèrent comme insurmontable, selon le professeur.
«Malgré la rareté, voire l’absence totale, de règles précises concernant l’IA comme telle, il ne manque pas de lois pouvant s’y appliquer en raison de son intégration dans les relations sociales et économiques», déclare-t-il.
Le défi n’est donc pas de créer de nouvelles lois, mais d’étendre les lois existantes à l’IA et de les appliquer. De cette façon, les décideurs politiques ne tomberont pas dans le piège des «tactiques dilatoires visant à prolonger indéfiniment les discussions, alors que la technologie continue de progresser rapidement», soutient-il.
Benjamin Prud’homme, avocat et vice-président aux politiques publiques, à la société et aux affaires mondiales à Mila – l’Institut québécois d’intelligence artificielle –, affilié à l’UdeM, l’une des plus grandes communautés universitaires consacrées à l’IA, est d’accord.
Il exhorte les décideurs politiques à «s’éloigner de la dichotomie qui existe entre l’innovation et la règlementation et à reconnaître qu’il peut être acceptable de freiner l’innovation si celle-ci est irresponsable».
Me Prud’homme cite l’Union européenne comme exemple de proactivité à cet égard grâce à sa «très ambitieuse loi sur l’IA, la première loi systémique sur l’intelligence artificielle, qui devrait être certainement approuvée dans les prochains mois».