Des laboratoires aux médias: une stratégie pour forcer la transparence
Les pas de géant réalisés au cours des dernières années en toxicologie révèlent que les PFAS sont présents dans le sang de la population à des niveaux inquiétants. Sébastien Sauvé comprend alors que son rôle ne se limite pas à publier des articles scientifiques: il faut alerter le public et les décideurs.
En 2022, son équipe et lui mènent une étude inédite: vérifier la présence de PFAS dans l’eau potable de près de 400 lieux au Québec, en puisant quelque 500 échantillons d’eau à des sources publiques telles que des restaurants et autres endroits libres d’accès. L’opération lui permet ensuite d’effectuer ses analyses en toute liberté.
«Si nous avions demandé la permission aux municipalités, nous n’aurions pas encore terminé l’analyse, enterrés sous la paperasse, et, de surcroît, nous n’aurions pas pu publier nos résultats», ironise-t-il.
Les résultats sont révélateurs: sur 500 échantillons d’eau, seulement 2 ne contiennent pas de traces de PFAS…
Tandis qu’il est à rédiger un article scientifique sur le sujet et qu’il partage ses données avec le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs du Québec, Santé Canada propose des normes pour limiter la présence de PFAS dans l’eau potable.
«Or, nos données montraient que la concentration de PFAS dans l’eau de certaines municipalités était le double, voire le triple de la norme proposée, ce qui a énervé bon nombre d’élus locaux et fait paniquer les agriculteurs qui utilisent des boues d’épuration, également contaminées aux PFAS, comme fertilisants», indique Sébastien Sauvé.
Cette démarche indépendante est mise au jour par la publication de son article scientifique, qui a l’effet d’une bombe.
À l’automne 2023, des reportages amplifient le scandale, notamment en lien avec l’épandage de boues d’épuration contaminées par les PFAS sur les terres agricoles. «Les PFAS ne viennent pas que des boues, mais celles-ci en sont un vecteur majeur et cela a forcé les producteurs de ces boues à faire preuve de transparence», précise-t-il.