Un environnement familial soutenant
Un autre grand enseignement de cette étude est l’importance du soutien familial. Annie Pullen Sansfaçon le souligne: «On voit dans nos données que les familles s’impliquent énormément. Ça se passe rarement sur un coup de tête. Ce sont des décisions réfléchies.»
Plusieurs jeunes racontent à quel point leurs parents sont présents, comme ce garçon trans de 13 ans, au Royaume-Uni: «Chez nous, on peut parler de ce genre de choses librement. Si j’ai une question, je peux la poser, et soit ma mère, soit mon père y répond aussi honnêtement que possible.»
Charles-Antoine Thibeault renchérit: «Les données nous montrent que dans des environnements soutenants, les jeunes n’hésitent pas à parler de leurs peurs, de leurs inquiétudes: peur des procédures, peur de la réaction des autres, peur du retard, ce sont toutes des données qui sont prises en considération par les familles. Ils n’approchent pas ces questions-là avec des œillères en disant «Ça va bien aller». Ils ont préalablement discuté avec leurs parents et avec des spécialistes de la santé.»
Ce soutien familial est d’autant plus précieux qu’il contrebalance les pressions sociales et politiques qui, dans plusieurs pays, menacent de restreindre l’accès aux soins d’affirmation de genre pour les personnes mineures. Toutefois, Annie Pullen Sansfaçon avertit qu’il faut interpréter les résultats de l’étude avec prudence, car elle porte surtout sur des familles déjà disposées à dialoguer: «Il y a un biais de recrutement: ce sont des familles qui sont volontaires pour parler. Elles sont généralement déjà sensibilisées, ce qui n’est pas toujours représentatif de toutes les familles.»
Les chercheuses et chercheurs insistent aussi sur l’impact du contexte culturel et géopolitique. Vivre dans un environnement transphobe peut réduire à néant les effets bénéfiques des soins: «Ce n’est pas parce qu’une ou un jeune reçoit un soin d’affirmation de genre que tout va bien ensuite si la société autour est hostile.»