Toujours là, mais différent
Depuis plusieurs années, Vincent Denault s’intéresse à l’influence des préjugés et stéréotypes sur la perception du non-verbal dans les procès, soit tout ce qui se passe au-delà des mots, de l’ambiance de la cour à la ponctualité des témoins en passant par l’attitude attendue de ceux-ci. «Le détournement du regard n’est pas un signe fiable de mensonge, mais ce genre de croyance peut fausser l’issue d’un procès», précise-t-il.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, en passant au virtuel, le non-verbal n’a pas disparu pour autant. «De manière générale, il n’y a pas moins de non-verbal dans les procès en ligne. Il est plutôt différent», remarque le professeur.
Par exemple, en virtuel, juge comme témoin ne sont pas perçus dans leur «entièreté». L’expérience des parties est de plus modifiée à l’extérieur de la cour, qui confère une ambiance et une solennité aux procédures. «Lorsqu’on entre à la cour, l’environnement, le décorum, le temps qui passe, les odeurs influencent l’expérience», estime-t-il. Et si certains éléments non verbaux deviennent invisibles en ligne, d’autres s’ajoutent: une qualité de l’image et du son variable, un arrière-plan éclectique… On pourrait ainsi être surpris par un témoignage livré d’une voiture, «mais pour certains, c’est l’endroit le plus calme pour le faire», observe-t-il. À l’inverse, le juge peut être influencé par son propre environnement lorsqu’il préside un procès devant son ordinateur personnel. «Tout cela peut jouer sur la perception du juge», résume Vincent Denault.